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Del.icio.us : la cyber-communauté partage ses signets

Jennifer Clerté

mardi 4 juillet 2006, par anass


Pour chercher l’information sur le Web, l’utilisateur dispose d’une multitude d’outils aux caractéristiques variées : les annuaires, les moteurs, les métamoteurs, les outils d’alertes mail, mais aussi les flux RSS, les blogs, etc. Et voilà qu’on nous parle subitement d’un nouveau concept : le “social networking”, baptisé réseaux sociaux en français. A ce concept est associé un nouveau type de sites, conçus sur le modèle du blog et permettant à une communauté d’internautes de partager toutes sortes de ressources : images, musiques, actualités, liens...

Del.icio.us offre un bon exemple de ces nouveaux espaces communautaires très en vogue et pourra constituer un outil intéressant pour les professionnels de l’information. Créé en 2003 par Joshua Schachter, ce site offre à chaque internaute un espace personnel pour enregistrer et organiser ses favoris et les partager avec tous les autres membres de la communauté ; c’est ce que l’on appelle le Social bookmarking, approximativement traduit par signets sociaux en français.

Le succès de ce site a été fulgurant, à tel point qu’en décembre 2005, Del.icio.us comptait 300 000 membres partageant plus de 10 millions de liens. Comme l’on pouvait s’y attendre, cette réussite a rapidement suscité les convoitises. Des investisseurs tels que Amazon, BV Capital ou Union Square Ventures ont tout d’abord manifesté leur intérêt, mais c’est Yahoo ! qui acquit l’outil en décembre dernier.

Dans la même lignée, Yahoo ! avait déjà acquis le site communautaire Flickr, permettant aux internautes de partager leurs photos. Sa stratégie se distingue ainsi de celle de son principal concurrent Google, qui n’a pour l’instant pas manifesté d’intérêt pour les sites de réseaux sociaux.

COMMENT CA MARCHE ?

Dans un premier temps, il faut s’inscrire sur le site http://del.icio.us pour créer son espace personnel, où pourront être enregistrés les favoris.

En cliquant sur le lien Register, on accède à un formulaire d’inscription. Une fois inscrit, il faut télécharger un petit outil nommé Bookmarklet, qui s’affichera sous la forme d’un bouton Post to del.icio.us dans la barre d’outils de son navigateur.

Ce bouton permet d’ajouter directement, au sein de son espace personnel, toutes les adresses que l’on souhaite enregistrer. Lors de l’ajout d’une nouvelle page à ses signets, il faut donner une description de la page - on conseillera de reprendre le titre de celle-ci - et surtout lui attribuer un ou plusieurs mots-clés (tags), qui permettront d’établir un classement des sources.

Del.icio.us est intégralement basé sur ce système d’attribution de mots-clés aux sources par les internautes. C’est grâce aux tags indiqués que l’on peut retrouver des liens relatifs à différents sujets, mais aussi que chaque internaute peut organiser ses favoris au sein d’une arborescence thématique.

L’espace personnel est composé de plusieurs rubriques, offrant différentes fonctionnalités :

• Vos favoris :

on retrouve sur cette page tous les favoris préalablement enregistrés par l’utilisateur ;

• Inbox :

cette rubrique est conçue comme une boîte-aux-lettres et fonctionne en utilisant les flux RSS et les tags. L’utilisateur indique les mots-clés liés à ses centres d’intérêt et reçoit ensuite automatiquement, au sein de cette boîte-aux-lettres, tous les liens qui auront été ajoutés par les internautes et qui comprennent l’un ou l’autre de ces mots-clés. Il est également possible de s’abonner directement au fil RSS des personnes dont les sujets de prédilection sont les plus semblables aux siens, et que l’on aura identifiés préalablement sur Del.icio.us. On peut ainsi découvrir une multitude de nouvelles sources relatives à ses centres d’intérêt. Lorsqu’une page retient notre attention, on peut à son tour la “signéter” avant qu’elle ne disparaisse dans le flux des nouvelles pages enregistrées ;

• For :

cette rubrique contient les liens qui auront été sauvegardés pour vous par d’autres utilisateurs. Cette fonctionnalité permet par exemple aux collaborateurs d’une même entreprise, situés sur des sites éloignés, d’échanger facilement certaines sources d’informations. Pour partager une source avec un collaborateur, il suffit d’indiquer dans le champ des mots la mention for : suivi du login de la personne en question ;

• Post :

les personnes qui ne disposent pas d’un bookmarklet sur l’ordinateur qu’ils utilisent ont la possibilité de copier/coller le lien à sauvegarder dans le champ url : et de cliquer sur save. Ils accèdent ainsi à une interface qui leur permet de décrire une nouvelle ressource et de lui attribuer des mots-clés ;

• Settings :

la rubrique Settings permet enfin de définir les paramètres généraux de son espace personnel.

On peut y préciser son profil (mail, mot de passe, nom, site Web, etc), indiquer les noms des profils dont on ne souhaite pas voir les liens s’afficher en page d’accueil ou dans son Inbox (en cliquant sur le lien antisocial), supprimer, modifier et regrouper ses tags au sein de dossiers - appelés bundle -, afin de créer une arborescence thématique (liens tags et tags bundles). On peut aussi exporter ses favoris sous forme d’un fichier html et, enfin, importer les favoris de son navigateur (cette fonctionnalité est cependant provisoirement indisponible).

UN OUTIL “TROIS EN UN”

Del.icio.us offre donc trois fonctionnalités :

• Archiver :

grâce à ce site, on peut gérer ses signets indépendamment de son navigateur. La gestion de favoris des navigateurs présente en effet plusieurs désavantages. Ils sont tout d’abord assez difficiles à organiser. De plus, ils ne peuvent être consultés que d’un seul poste, par le biais du navigateur d’origine, et ne sont que très difficilement exportables. Del.icio.us offre, pour sa part, l’avantage de pouvoir consulter ses favoris depuis n’importe quel ordinateur, avec n’importe quel navigateur. Cette solution est également plus sûre, car ces signets ne risquent plus d’être irrémédiablement détruits lors d’une panne informatique. L’organisation des signets sur Del.icio.us est de plus assez simple, car elle se fait via la gestion des mots-clés, sans avoir à naviguer dans les méandres d’une arborescence de dossiers parfois interminable.

• Communiquer :

Del.icio.us s’impose aussi comme un nouveau type d’outil de communication. Outre le fait que par ce biais, on partage ses sources favorites avec l’ensemble de la communauté de Del.icio.us, ce site permet d’informer les personnes de son choix de nouvelles sources d’information que l’on a identifiées. On peut aussi imaginer d’autres fonctionnalités à cet outil, comme la diffusion d’une newsletter à des clients ou des collaborateurs ou encore l’envoi de CV à de potentiels recruteurs (grâce à la fonction Post).

• Rechercher et veiller :

del.icio.us s’affirme enfin comme un nouvel outil de recherche d’information. Il permet, tout comme un annuaire, de retrouver des sources regroupées sous des rubriques thématiques - sources d’autant plus intéressantes qu’elles sont recommandées par d’autres internautes.

Pour identifier de nouvelles ressources sur del.icio.us, il suffit, sans même avoir de profil personnel, de saisir un ou plusieurs termes (l’opérateur ET est implicite) dans le champ de requête situé en page d’accueil. On obtient alors la liste des sites indexés par d’autres utilisateurs avec ces mots-clés. Chaque site est présenté par son titre, la liste des mots-clés qui lui a été attribuée, le nom du profil du dernier internaute à avoir ajouté ce lien à ses signets et, éventuellement, le nombre d’utilisateurs partageant ce lien. De même, il est possible de mettre en veille des recherches en souscrivant aux mots-clés de son choix (cf fonction Inbox).

QUELQUES BEMOLS

Bien sûr, ce système n’est pas parfait, et quelques défauts liés à la jeunesse de l’outil - mais aussi parfois inhérents à son mode de fonctionnement - sont à regretter :

• l’absence de vocabulaire hiérarchisé et contrôlé, dû au fait que l’indexation des ressources s’effectue par des termes choisis par les internautes eux-mêmes, entraîne un monumental désordre qui conduit à une dispersion des ressources, limitant ainsi les chances de retrouver un maximum de sites pertinents avec un seul et même terme. Lors d’une recherche sur del.icio.us, on conseillera donc d’utiliser à la fois les formes singulier et pluriel des mots, mais aussi d’éventuels synonymes. A plus long terme, on espère que del.icio.us proposera à sa communauté une liste de termes sur la base des tags déjà existants, afin d’éviter que le nombre de termes ne continue de croître sans un minimum de règles et d’organisation ;

• à l’heure actuelle, il n’existe pas de module de recherche avancée et le système proposé est plus que rudimentaire. Aucune information n’est disponible sur le mode de classement des résultats, mais il semble que ces derniers soient présentés dans l’ordre inverse de leur parution sur le site (les plus récents apparaissant en premier). Pour améliorer le service, Del.icio.us pourrait offrir différents modes de classement des résultats, par exemple selon le nombre d’internautes partageant le même lien ;

• enfin, comme pour beaucoup de sites internationaux, Del.icio.us propose principalement des sources anglo-saxonnes. Mais contrairement à d’autres types d’outils, il suffit ici que davantage d’internautes français utilisent Del.icio.us pour que les sources françaises soient plébiscitées... A bon entendeur ... On notera toutefois qu’il existe des sources françaises de ce type, comme par exemple Blogmarks.net.

Del.icio.us est donc un outil à suivre à plusieurs titres, du fait de l’intérêt qu’il peut représenter pour les professionnels de l’information, mais aussi et surtout parce qu’il est représentatif du nouveau phénomène que constitue le partage des ressources entre internautes ; c’est là une tendance majeure et prometteuse, comme en témoigne l’intérêt de Yahoo ! pour ce type de sites.

Certes, les détracteurs du social bookmarking critiquent souvent le fait que les quelques sources intéressantes sont perdues au milieu d’un océan de liens sans intérêt. Ceci est sans doute vrai pour des recherches effectuées avec des tags trop généralistes, mais cela s’avère aussi le cas des résultats livrés par les classiques moteurs de recherche.

Par ailleurs, des sites de signets sociaux se multiplient et se spécialisent peu à peu, en fonction du public qu’ils visent. On citera à titre d’exemple Connotea.org, un site de social bookmarking créé par la maison d’édition de la fameuse revue scientifique Nature et destiné aux chercheurs, afin qu’ils partagent leurs liens vers des articles à valeur ajoutée disponibles sur Internet.

La recherche sur le Net risque donc de prendre un nouveau tournant, qu’il serait dommage de négliger...

Source :Bases-publications.Numéro de Janvier-Février 2006 - n°60. Auteur :Jennifer Clerté


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