BdD des Sciences d’Information

Accueil du site > Gestion des systèmes d’information > Bibliothèques > Internet peut-il vraiment remplacer un centre de documentation (...)

Internet peut-il vraiment remplacer un centre de documentation ?

Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec

vendredi 15 septembre 2006, par anass


La venue d’Internet a changé radicalement notre mode de vie et notre façon d’appréhender le monde. Nous n’avons pas fini d’en analyser les impacts tant dans la vie privée de chacun que dans la société. Le propos de ce texte n’est pas de s’attarder à ces aspects mais plutôt de se concentrer sur la perception qu’ont d’Internet certains dirigeants d’entreprises et d’organisations.

Depuis plusieurs années déjà nous assistons à des déclarations du genre « à l’ère d’Internet, le centre de documentation ne correspond plus à la réalité actuelle » ce qui sous-tend bien évidement la disparition à court ou moyen terme du centre. Revenons sur cette déclaration et voyons réellement ce qu’il en est.

Le centre de documentation, ou centre d’information, est un lieu physique ou électronique de financement autonome ou une unité administrative d’une entreprise, d’un organisme ou d’une institution. Il a une mission et un mandat bien précis de sélectionner, d’acquérir, d’indexer, de diffuser et de conserver les documents pour l’information spécialisée qu’ils contiennent.

Le contenu d’un centre de documentation est par définition structuré, facilement repérable et fiable. Il est très pointu car il reflète les centres d’intérêts de son propriétaire et de ses utilisateurs. Les professionnels qui y travaillent ont le mandat de servir les besoins en information de leurs clientèles respectives.

Internet, pour sa part, est un réseau informatique mondial constitué d’un ensemble de réseaux nationaux, régionaux et privés qui sont reliés par un protocole de communication. C’est un lien qui permet d’accéder à des ressources. À titre de réseau mondial il n’appartient à personne (organisme, entreprise, gouvernement etc.) et n’a pas de mission ni de mandat. Il est un outil de communication et un canal de commercialisation quant à son contenu il est disparate, non organisé, décentralisé, non normalisé et éphémère. Venons-en à la manière d’utiliser l’Internet dans la recherche d’information pour une organisation donnée.

La grande majorité des utilisateurs vont avoir recours aux moteurs de recherche comme Google afin de trouver de l’information gratuitement. Toutefois pour la qualité et la pertinence des résultats c’est une autre histoire. On estime que les utilisateurs passent de 15% à 25% de leur temps à chercher de l’information mais que plus de la moitié des résultats de recherche sont infructueux . Le problème majeur réside dans la confiance exagérée des utilisateurs envers les moteurs de recherche.

Voici quelques éléments essentiels à retenir de ce que le web ne peut offrir :

• L’existence du web invisible- c’est la portion du web que les moteurs de recherche n’ont pas indexés ou ne peuvent indexer. On évalue que le contenu « invisible » est de 2 à 400 fois plus important que le web visible. Parmi les informations cachées on parle de bases de données, de contenu audio ou vidéo, de contenus en formats de type Flash ou fichiers compressés, d’information exigeant des frais d’abonnement, de contenus ayant changés depuis la dernière indexation

• Les recherches sur le web ne peuvent être agrégées donc l’utilisateur doit passer de site en site pour trouver son information ce qui suppose beaucoup de temps

• L’information n’est pas structurée, la fiabilité de l’information n’est pas garantie

• Le contenu considéré archives est rarement offert gratuitement et par archives on parle de contenus ou de publications qui datent de plus de quelques mois.

Or faut-il le rappeler, dans un contexte d’entreprise ou d’organisation les deux ressources les plus importantes sont les employés (le temps de travail) et l’argent (ressources financières). Les recherches d’information effectuées ont pour but de faciliter la prise de décisions des responsables des organisations. Avec un résultat de recherche obtenu à partir du web gratuit le gestionnaire pourra rarement prendre une décision éclairée et valable pour son organisation.

Allons du côté de l’offre de service en bibliothèques publiques pour les entreprises et organisations spécialisées. Les services offerts s’adressent en premier lieu au grand public et par conséquent un gestionnaire ayant un besoin immédiat d’une œuvre produite par son entreprise n’est aucunement assuré d’y accéder. La bibliothèque publique ou même la Bibliothèque nationale, n’est pas tenue de la produire sur le champ. Elle peut l’avoir prêté à un autre utilisateur engendrant des délais d’attente ce qui est inconcevable en entreprise.

Les critères d’acquisition de documents de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec répondent à un mandat précis et qui ne sont pas forcément de servir une entreprise en particulier qu’elle soit une société d’état ou non. Le dépôt légal qui assure la collection nationale de posséder des exemplaires des publications nationales ne s’étend pas à tous les types de documents (disponibilité non garantie) et quant au support d’accès il est privilégié dans une optique de conservation et seulement ensuite de la facilité d’accès.

Dans ce bref survol nous avons pu mettre en évidence quelques limites de l’utilisation d’Internet ou le recours à des ressources externes gratuites pour pallier à un centre de documentation souvent sous couvert d’économies de ressources financières.

Il reste à mettre en lumière l’apport inestimable et essentiel des professionnels de l’information dans le fonctionnement efficace et rationnel d’un centre de documentation.

Les professionnels de l’information détiennent un diplôme de premier cycle dans un domaine de spécialisation suivi d’une maîtrise en bibliothéconomie et sciences de l’information. Ils sont appelés constamment à parfaire leur connaissance en participant à des programmes de formation continue dispensés par les associations professionnelles du milieu, par leur présence à des colloques nationaux et internationaux, et par des échanges virtuels sur divers réseaux spécialisés.

Avec ce bagage, le professionnel de l’information procède à la sélection de l’information et des ressources documentaires, à son évaluation et à sa validation, étape essentielle lors de l’utilisation de données provenant plus particulièrement d’Internet. C’est lui qui organise et analyse les ressources les plus pertinentes pour son organisation, qu’elles soient de sources internes ou externes, de format analogue ou numérique, le but étant un repérage facile et rapide pour l’utilisateur.

Le centre de documentation dont il est responsable est de plus en plus virtuel offrant un accès unique sous la forme d’un portail qui comprend un répertoire de sites Internet triés et pertinents, des serveurs d’information payants, un catalogue des ressources documentaires (sources internes et externes) dont l’organisme est propriétaire.

La recherche d’information pointue et adaptée au besoin de chaque utilisateur de l’organisme est une de ces spécialités, faisant ainsi économiser temps et argent par la rapidité et l’efficacité de sa recherche. Il voit aussi à préserver l’information à long terme, gardant l’accès aux archives (et aux recherches antérieures) ce qui est une des faiblesses d’Internet soulignée plus haut.

En terminant il serait important d’attirer l’attention sur le caractère réducteur de toute déclaration qui voit dans Internet la panacée à tout besoin d’information et ce dans une société du Savoir. Les professionnels de l’information ont été parmi les premiers à utiliser Internet et la panoplie de services électroniques développés au fil des années. Opposer centre de documentation et l’ère Internet c’est véhiculer une méconnaissance de ce qu’est un centre de documentation au 21e siècle (combinant NTIC et ressources documentaires sous diverses formes) et de son utilité aux dirigeants et aux unités de services de l’organisation. Alors le centre de documentation dépassé ?

Source :CBPQ. Mai 2006.Auteur : Corporation des bibliothécaires professionnels du Québec


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette