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Le logiciel libre entre entités commerciales et communautés

Yves DROTHIER, JDN Solutions

mardi 8 mars 2005, par Collecte CND R.L

Médiateurs entre les clients d’une part et les développeurs d’autre part, les sociétés commerciales montées autour de logiciels libres ou Open Source décrivent les liens complexes qui les unissent aux communautés.

Du fait de leur modèle d’affaire, les "éditeurs" (entendons par là les sociétés à but commercial) de logiciels libres doivent conjuguer leur volonté propre avec un électron libre : la communauté d’utilisateurs et de développeurs. Ses développements éparpillés géographiquement, l’éditeur de logiciel libre doit donc composer avec une équipe qui ne lui appartient pas mais réussir à obtenir d’elle le résultat souhaité.

"Il ne s’agit pas d’une communauté mais des communautés. Il faut distinguer les communautés de lobbying comme l’April ou la FSF, des associations libres comme Parinux ou encore des communautés de développement qui eux s’articulent autour de produits donnés.

Les deux premières communautés génèrent de compétences qui peuvent intéresser les éditeurs mais une désaffection de leur part n’a pas véritablement d’effet ricochet", déclare Laurent Pierre, directeur technique de la société de services en logiciels libres Linagora.

Si les partisans du logiciel libre sont nombreux, les développeurs actifs seuls ont un poids important auprès des éditeurs. "C’est la partie immergée de l’iceberg, celle qui fait qu’une société de 65 employés peut se permettre d’adresser des besoins aussi différents qu’un système d’exploitation pour le bureau, un système d’infrastructure ou encore un système de calcul intensif en grappe", explique Gaël Duval, co-fondateur du distributeur Linux Mandrakesoft.

A cette contribution directe s’ajoute également d’autres atouts. Ainsi, les communautés peuvent également offrir leurs services par exemple en testant un produit ou une fonctionnalité. Ils représentent également une source externe d’idées d’améliorations du produit. "Il ne faut pas se le cacher, la communauté de développeurs est aussi un des poumons du recrutement pour un éditeur du libre.

C’est aussi une forme de reconnaissance pour les développeurs bénévoles", indique Sacha Labourey, directeur général Europe chez JBoss, éditeur du serveur d’application Open Source.

Atteindre une masse critique pour orienter la communauté

Pourtant, cette tierce partie que symbolise la communauté comporte plusieurs risques. Tout d’abord, le risque de désaffection du produit de la part des utilisateurs et des développeurs. Red Hat avait ainsi fait les frais d’un changement de modèle tarifaire survenu lors de l’été 2003. "Beaucoup de gens au sein des communautés libres avaient l’impression que Red Hat se tournait vers du propriétaire. La distribution Fedora, de nouveau projet libre est une réaction à ce mouvement qui a permis à Red Hat de retomber sur ses pieds", ajoute Laurent Pierre.

Autre inconvénient de ce type de fonctionnement, le décalage entre les besoins d’une entreprise et les développements réalisés par la communauté. Sur ce point particulier, chaque éditeur emploie la même méthode qui consiste à atteindre une masse critique de développeurs pour peser sur les décisions des communautés de développements. Cette masse critique s’obtient alors par deux moyens, le nombre de développeurs disponibles en interne et l’embauche des figures de proue du monde du libre.

"Généralement, les besoins des clients collent plutôt bien aux développements, ce qui colle moins bien ce sont les délais proposés.

L’éditeur joue alors un rôle de médiateur en fournissant les ressources additionnelles sur les projets clés", note Franz Meyer, directeur Europe du Sud, Moyen Orient et Afrique pour Red Hat.

Pour séduire les indépendants, les solutions libres misent sur x solutions complémentaires et notamment l’ouverture.

La contribution des éditeurs au libre renforçe leur relation avec les communautés

En effet, plus un éditeur publie ses codes, communique et rend transparent sa chaîne de fabrication et ses intentions, plus il s’assure de la pérennité de sa communauté. Deuxième solution revendiquée par l’ensemble des éditeurs du libre, la contribution de leurs équipes à d’autres projets communautaires que ceux de l’entreprise. L’échange devient la clé du succès dans le cas des distributions Linux. Si Linus Torvalds et son équipe développe une partie majeure du noyau Linux, les éditeurs contribuent par leurs retours à faire évoluer son produit.

"Je pense que le plus important pour un éditeur, c’est d’être cohérent avec sa communauté", affirme Laurent Pierre de Linagora.

Et pour les éditeurs sont le jeu en vaut assurément la chandelle. "Le fait de mettre le code à nu, d’être challengé, est une manière très efficace de l’améliorer [le code] et de le faire progresser.

La science, les mathématiques et les arts progressent comme cela", soutient le représentant de Mandrakesoft.

Une opinion partagée par Red Hat et JBoss.

Reste à expliquer ce modèle parfois mal compris par l’ensemble de la chaîne, des clients aux partenaires.

"Ce modèle est difficilement palpable pour les clients. Ils ont du mal à évaluer la qualité des produits proposé. Et aujourd’hui le modèle Open Source n’est pas adapté à des logiciels verticaux.

Pour qu’il y ai une communauté, il faut un produit générique et tranversale. Développer en Open Source sans communauté multicolore n’a absolument aucun intérêt", ajoute Franz Meyer.


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