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Systèmes d’information : toujours ingouvernables ?

Christophe Deshayes

mardi 26 avril 2005, par Collecte CND R.L

Pour quelle raison la gouvernance sort-elle aujourd’hui de son cadre habituel ? Serait-elle une simple recette pour que l’informatique communique mieux ? Non, car l’enjeu est plus large.

Effet de mode ou tendance de fond, les technologies de l’information s’intéressent à leur tour à la gouvernance.

Le Cigref (Club Informatique des Grandes Entreprises Françaises) la place au coeur de ses travaux au point d’avoir fondé avec l’AFAI (Association Française de l’Audit Informatique) l’institut de la gouvernance du système d’information.

Pour quelle raison la gouvernance sort-elle aujourd’hui du cadre de la gestion des Etats, des collectivités locales ou des entreprises ? Est-ce une sorte de déclinaison toujours plus concrète qui fort logiquement touche les systèmes d’information, devenus incontournables, ou est-ce un appel à une meilleure gestion d’une fonction d’entreprise dont la réputation d’ingouvernabilité est tenace ?

Crédibiliser l’informatique

La réponse de Jean-Pierre Corniou, Président du Cigref ne laisse pas de doute sur l’objectif principal. Pour lui, la gouvernance est le moyen de "sortir l’informatique de sa malédiction technologique en communiquant sur les processus et sur les résultats".

La gouvernance informatique serait ainsi une recette pour résoudre le mal du DSI, cet irrépressible et lancinant sentiment d’incompréhension lié, semble-t-il, à l’exercice de cette fonction ô combien instable.

Pour certains, mettre en place des indicateurs, des procédures, des normes et communiquer largement sur ces évolutions suffirait à résoudre le problème d’image de l’informatique.

L’élaboration de tableaux de bord de type ITScoreCard, le recours à des référentiels de fait tels que ITIL (pour la production de services informatiques), CMMI (pour la production logicielle) ou COBIT (pour l’auditabilité de l’informatique) peuvent naturellement conforter la crédibilité de la DSI, mais l’enjeu de la gouvernance informatique n’est pas là !

Changer de management pour changer de société. En fait, la société civile toute entière est fondée de plus en plus sur les technologies de l’information, sur la dématérialisation des échanges, sur la création et l’entretien de connaissances et sur la coopération entre acteurs poursuivants des buts différents. C’est ce que l’on appelle la fameuse société de l’information.

L’avènement de cette société dite fondée sur les connaissances et dont l’Union Européenne veut être la championne mondiale (objectif de Lisbonne) mérite sûrement mieux qu’un simple revamping communicationnel. Certains voudraient-ils changer de société sans changer leur management ? Comment croire que "changer" de société puisse se faire sans changer assez profondément les attentes et les usages de ceux qui composent cette société en transformation ?

Changer de style de management concerne évidemment le DSI mais au moins autant l’ensemble des acteurs évoluant autour de ces systèmes d’information, nouvelle colonne vertébrale de l’entreprise et de la société civile.

Or les attentes et les usages des individus sont largement paradoxaux, mêlant volontiers des attentes de démocratie, de participation et dans le même temps des attentes de solutions toutes faites, sous-traitées voire abandonnée aux experts.

Décider, agir, communiquer, contrôler. autrement. Décider autrement, c’est réussir à impliquer davantage les parties prenantes, c’est accepter la complexité née de la technologie ou de la pluralité des besoins, animer un véritable débat public et construire des consensus acceptés par tous. mais c’est aussi accepter l’imprévu tout en maîtrisant les risques.

Agir autrement, c’est construire des coopérations gagnant-gagnant même entre concurrents, c’est mettre en ouvre des méthodes de co-conception, de co-réalisation et même de co-consommation.

Communiquer autrement, c’est crédibiliser les démarches technologique par une réflexion sur les usages mais aussi par la mise en ouvre du principe de précaution. d’où un recours subtile aux experts.

Contrôler autrement c’est à la fois inspirer confiance à ses bailleurs de fonds (reporting précis et crédible sur les avancements et les risques), tout en laissant aux acteurs de terrain une marge de manouvre pour s’exprimer.

En résumé, la gouvernance informatique n’est pas un gadget. Elle mérite mieux qu’une poignée d’indicateurs préformatés ou qu’une liste de bonnes résolutions en guise de grigri anti-malédiction. Ne faudrait-il pas s’inspirer des nombreux travaux de recherche pour mener une réflexion approfondie ?

Les DSI pourraient ainsi sauver leurs têtes mais mieux encore, l’entreprise pourrait s’approprier ce passage à l’économie fondée sur les connaissances. Nos sociétés sophistiquées et individualistes paraissent facilement ingouvernables, mais le sont-elles vraiment ? Ne s’agit-il pas plutôt de refonder nos outils, nos modes de pensée et nos comportements ?


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