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Les Utilisateurs, principaux inovateurs du net

Daniel Kaplan

vendredi 17 juin 2005, par Collecte CND R.L

Un nouvel acteur fait irruption dans les systèmes d’innovation : l’utilisateur. On notera d’ailleurs que dans l’univers du numérique, ce mot remplace de plus en plus souvent celui de “consommateur” : l’utilisateur fait quelque chose à partir des outils qu’il a en mains, tandis que le consommateur détruit, consume, ce qu’il achète. Et plus précisément, que fait cet utilisateur de ses outils ? Bien souvent, d’autres outils...

Le phénomène n’a rien de nouveau en soi, comme le montre bien Dominique Cardon, citant Von Hippel. Depuis toujours, beaucoup de produits ou d’outils ont pris un autre sens dès lors qu’ils passaient des mains de leurs concepteurs dans celles de leurs destinataires. Mais l’internet ajoute un effet d’échelle qui donne à l’"innovation par l’usage” une importance sans précédent, pour au moins trois raisons.

D’une part, les utilisateurs disposent de moyens de production proches de ceux des professionnels. Un PC domestique ressemble à un PC d’entreprise, il est même souvent plus puissant, jeu oblige.

D’autre part, on ne le rappellera jamais assez, la communication et l’échange constituent le moteur du développement de l’internet, bien avant l’information et la consommation : aussi le partage et la collaboration sont-ils dès l’origine construits dans la démarche d’innovation par l’usage, et considérablement facilités par le réseau.

Enfin, ce partage peut d’emblée s’imaginer à une échelle impensable auparavant : quand Patrik Faltstrom imagine de faire du numéro de téléphone une sorte d’identifiant universel, il ne crée pas son entreprise, il propose un standard mondial au travers de l’IETF, appelé Enum (et au passage, met en émoi tous les opérateurs télécoms, l’Union internationale des télécommunications, etc. ) ; quand Jimmy Wales se propose d’utiliser les Wikis pour partager des connaissances, il formule un projet d’encyclopédie, universelle et multilingue, Wikipedia ; quand Michel Bondaz décide de permettre à chacun de “raconter sa vision du territoire” à partir de ses traces géolocalisées, ses fonds de carte couvrent la planète entière...

La puissance de l’innovation ascendante dépasse de loin son expression la plus organisée, celle du “libre". On peut même affirmer que les innovations les plus significatives de l’internet viennent de l’usage, et non d’innovateurs patentés : le courriel, le web, le P2P, le Wi-Fi en espace public, les blogs, RSS, le SMS comme outil de communication interpersonnelle...

Certaines entreprises, pas toutes, ont su comprendre et exploiter cette dynamique. Les eBay, Amazon, Friendster, mais aussi certains éditeurs de jeux ou de logiciels, installent au coeur même de leurs produits et services des espaces que les utilisateurs peuvent s’approprier et dont ils peuvent faire un usage tout à fait imprévu.

Le marketeur devient une sorte de jardinier zen, chargé d’organiser le développement naturel des espèces et leur coexistence, sans jamais tout prévoir à l’avance.

De manière paradoxale, la prise de conscience de l’importance et de la force de ces dynamiques “ascendantes” d’innovation s’accomplit concomitamment au retour d’un discours plus offensif (ce que nous saluons) et plus classique sur l’innovation, fait de grands projets, de marketing “descendant” - celui de la 3G est exemplaire de ce point de vue -, de segmentation et d’études des besoins, de processus.

Les deux démarches ne sont pas condamnées à s’opposer, la tension entre elles peut s’avérer féconde. Mais il existe pour l’instant, semble-t-il, deux cultures de l’innovation assez distinctes et qui n’ont pas encore appris à se parler.

Source :http://www.internetactu.net/


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