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De la fracture numérique aux PERSPECTIVES NUMÉRIQUES

George Sciadas, Pierre Giguère

samedi 7 janvier 2006, par anass


L’Observatoire des info-états au service du développement

Le rôle de catalyseur que jouent les TIC en ce qui a trait à la création de débouchés numériques propices au développement et les dangers inhérents à la fracture numérique ont abondamment été documentés ces dernières années. Dans ce contexte, un instrument de mesure et de suivi fiable s’avère indispensable. Ce projet fait suite à l’accueil enthousiaste réservé au rapport intitulé L’Observatoire de la fracture numérique... et au-delà, présenté dans le cadre du SMSI de Genève, en 2003, et fournit précisément un tel instrument à la communauté internationale. Fondé sur le cadre conceptuel et le modèle de l’info-état, cet Observatoire intègre des mesures du capital en TIC et du capital travail - révélateurs de la capacité productive d’un pays
- ainsi que des flux de consommation - nécessaires à son fonctionnement au sein d’une société de l’information.

L’application empirique à grande échelle du modèle mesure l’étendue des infrastructures réseau, des compétences, des taux de pénétration et de l’intensité d’utilisation des TIC à partir de 21 indicateurs fiables,éprouvés et publiquement accessibles. Les mesures relatives aux réseaux sont fournies pour 192 pays représentant 98 % de la population mondiale, et les mesures relatives à l’info-état global, pour 139 pays, soit 94 % de la population mondiale. Les résultats présentés couvrent la période de 1995 à 2003, et mettent ainsi en perspective près d’une décennie d’évolution.

Parmi les caractéristiques spécifiques de ce projet, il convient de retenir :

�� Un cadre conceptuel cohésif qui va au-delà des mesures de connectivité et qui intègre logiquement les compétences, tout en établissant de précieux liens analytiques ;

�� Des mesures explicites, aussi bien entre les pays à un point donné dans le temps qu’à l’intérieur des pays au fil du temps, de sorte que les comparaisons ne se limitent pas à des variations de classement ;

�� Des résultats pertinents au plan des politiques, composante par composante ;

�� Un critère de comparaison immédiat et intuitif par rapport à la moyenne de tous les pays (Hypothética) et à l’ensemble de la planète (Planétia) ;

�� L’utilisation d’ensembles de données existants et fiables dans le cadre d’une méthodologie statistique robuste et transparente.

Un des premiers constats découlant de l’application empirique est que l’ampleur de la fracture numérique demeure imposante. Les écarts d’info-état entre pays restent, en effet, de taille, les valeurs mesurées variant entre 255 et 8. Ainsi les pays « nantis » et « démunis » se trouvent aux antipodes, et séparés par des décennies de développement. Quant aux pays affichant les info-états les plus faibles, ils sont essentiellement concentrés en Afrique, tout en incluant certains pays d’Asie. Cependant, les info-états de tous les pays ont augmenté entre 1995 et 2003. De nombreux pays ont fait des progrès importants alors que d’autres se sont améliorés de façon plus modeste. Les pays ayant enregistré la plus forte croissance sont ceux dont l’info-état était le plus faible, une tendance récurrente dans les analyses d’écarts numériques, que ce soit entre les pays ou au sein même des pays, et elle résulte en grande partie des valeurs initiales. Mais cela ne signifie pas pour autant que la fracture disparaît. La notion de fracture numérique est, en effet, relative, et son « évolution » ne se prête à aucune généralisation.

Une analyse détaillée révèle plutôt que :

�� Même s’il est vrai, au sens large, que la fracture numérique « se referme », c’est essentiellement dû au fait que les pays au milieu de l’échelle des info-états - et plus particulièrement dans la tranche supérieure de cette zone - se sont considérablement rapprochés des pays de tête ;

�� Les progrès réalisés par les pays affichant un info-état faible n’ont pas suffi à réduire leur écart par rapport aux autres, qui les ont pour la plupart distancés - exception faite des meneurs, dont ils sont séparés par un véritable gouffre. Ainsi la fracture numérique entre les pays aux info-états les plus faibles et la majorité des autres s’élargit-elle, et ce, malgré leurs progrès indéniables au plan de la téléphonie cellulaire et des autres TIC.

Au fil de la période à l’étude, les mouvements relatifs de chaque pays sont également révélateurs, certains ayant pris le départ avec des info-états comparables pour se retrouver, en fin de compte, fort éloigné les uns des autres. Une analyse minutieuse a permis de déterminer quels pays avaient progressé, à quel moment,à quelle vitesse et grâce à quelles TIC. Le potentiel d’analyse du modèle a, en outre, été exploité en détail allant au-delà des chiffres pour répondre aux questions du pourquoi, importantes s’il en est.

Autrement dit,quels sont les facteurs (macroenvironnements, politiques gouvernementales, réglementation et stratégies commerciales) responsables de l’évolution des chiffres ? De nombreux chercheurs du Sud ont contribué à cet effort en menant des travaux dans plusieurs pays d’Afrique, d’Asie, d’Amérique latine et des Caraïbes,et il en est ressorti un ensemble de conclusions propres à alimenter un débat constructif.

Voici certaines des tendances communes constatées à travers les pays : les facteurs géopolitiques,macroéconomiques et de gouvernance importent énormément ; la modernisation des lois sur les télécommunications s’avère cruciale ; le rôle des organismes de réglementation doit être clairement défini,en évitant tout conflit d’intérêts ; l’impact des régimes de taxation et d’établissement des prix sur l’abordabilité des TIC, de même que les besoins constants en matière d’information et de sensibilisation, représentent des influences majeures ; l’éducation en général, la formation spécifique aux TIC et leurs nombreux liens avec la société de l’information sont des facteurs déterminants des progrès futurs ; les écarts entre les régions rurales et les régions urbaines sont critiques ; l’influence de la concurrence est on ne peut plus claire, et l’incidence des pratiques commerciales, surtout à l’égard de la fixation des prix, s’avère d’une extrême importance - à titre d’exemple, l’introduction des cartes prépayées a joué un rôle de premier plan dans la diffusion des téléphones cellulaires, et le principe de l’« appelant payeur » est considéré comme déterminant dans le contexte de nombreux pays.

Des études économétriques ont révélé une forte corrélation entre les TIC et la croissance économique. Ainsi l’info-densité est-elle fortement corrélée au PIB par habitant, et le rapport s’amplifie encore davantage au niveau des TIC les plus évoluées - bien qu’il devienne alors plus complexe, indiquant l’intervention de nombreux facteurs. L’impact des TIC est considérable - en moyenne, une augmentation de 1 % de l’infodensité entraîne une augmentation de 0,9 % du PIB par habitant -, quoiqu’il soit inégal entre les pays à divers stades de développement. Ainsi les pays affichant un PIB et une info-densité comparables profitent-ils davantage des TIC que les pays plus démunis, ce qui indique qu’un seuil de pénétration critique des TIC est essentiel à une réelle croissance.

Une compilation des meilleures données disponibles sur les TIC selon le genre a permis une analyse quantitative du fossé numérique entre les hommes et les femmes, laquelle révèle que ces dernières se trouvent désavantagées à ce chapitre. L’accessibilité et le lieu, les habitudes, la fréquence, l’intensité et le type d’utilisation des TIC sont autant d’objets de préoccupation en ce qui concerne les femmes. De même,les écarts constatés en matière d’éducation, de formation et de connaissance des TIC présentent des défis particuliers pour les femmes. Un rapport qualitatif livre, en outre, les résultats détaillés de travaux sur le terrain, d’études de cas et de comptes rendus anecdotiques propres à servir de base à une évaluation probante de l’incidence des TIC sur la vie sociale et professionnelle des femmes, surtout dans les régions en développement. L’étude a, par ailleurs, révélé que, bien que le fossé entre les hommes et les femmes tende généralement à être moins marqué dans les pays dont l’info-état est élevé, son lien avec la fracture numérique globale est pour le moins faible. Ce constat semble souligner le besoin d’élaborer des politiques expressément conçues à l’intention des femmes plutôt que de miser sur des stratégies « électroniques » génériques.

En raison du débat ininterrompu sur le rôle possible des logiciels libres et ouverts en lien avec le développement, cette publication présente enfin une analyse objective sur leurs avantages et leurs inconvénients.

Source : Orbicom 2005.Auteurs :George Sciadas, Pierre Giguère

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