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Dominique Fonvielle :"La démarche d’intelligence économique ne se limite pas aux outils de veille"

Dominique Fonvielle

lundi 23 janvier 2006, par anass


La démarche d’intelligence économique nécessite un partage des sources d’informations toujours plus étendu. Le rôle de la DSI est aussi de veiller à la sécurité des informations.

JDN Solutions. En quoi la démarche d’intelligence économique est elle devenue prioritaire pour les entreprises ?

Dominique Fonvielle. La démarche d’intelligence économique n’est pas devenue prioritaire, elle l’a toujours été, même si elle n’a pas toujours été nommée ainsi, depuis les marchands - de Colbert à Napoléon - jusqu’aux entreprises d’aujourd’hui, confrontées à un environnement de commerce international.

Face à la mondialisation, les entreprises développent des pratiques d’intelligence économique pour répondre et réagir aux agressions dont elles peuvent faire l’objet. Elles se doivent donc d’être proactives, ce qui peut par ailleurs les amener à demander le soutien des services de l’Etat.

La protection et l’enregistrement du savoir-faire qui fait partie du patrimoine, comme ce qui relève des brevets, est un des piliers de l’intelligence économique. Un autre pilier concerne la détection des opportunités et des menaces, tandis qu’un troisième conduit à l’élaboration et à la conduite des stratégies d’influence et de diffusion de l’information, comme celles relevant de la communication de crise.

Depuis combien de temps les DSI sont-elles impliquées ?

L’informatisation massive des services de l’Etat et des administrations a débuté dans le milieu des années 1970, marquée par la publication du rapport Nora-Minc intitulé "L’informatisation de la société".

Le développement de l’Internet et de la liberté d’accès à l’information a présenté à la fois une opportunité et un risque. Cette fenêtre sur le monde permet bien sûr aux collaborateurs d’accéder à de l’information sur des concurrents et d’enrichir les connaissances en matière de veille. Mais elle présente également le risque de voir échapper le contrôle sur la diffusion et l’exportation des informations de l’entreprise.

La liberté d’accès à l’Internet, ainsi que le contrôle des courriers électroniques et des pièces jointes, sont en fait au cœur des problématiques d’intelligence économique. Car désormais, les données de l’entreprise peuvent facilement être exportées.

Et les risques sont réels, comme l’a révélé la récente "’affaire d’espionnage" de la stagiaire chinoise avec l’équipementier Valéo.

Si - en théorie - la DSI n’a juridiquement pas le droit de contrôler les informations entrantes, mais aussi et surtout sortantes, il convient à chaque entreprise d’évoquer en son sein, avec l’ensemble des partenaires sociaux, la mise en place d’une charte d’utilisation et de transmission des données de l’entreprise.

L’autodiscipline constitue l’un des leviers qui permet de lutter contre la fuite d’informations et la préservation des données de l’entreprise. A l’heure actuelle, aucun parlementaire ne souhaite lancer un débat qui amènerait à une révision de la loi mais la recherche d’un intérêt commun entre la DSI et ses utilisateurs doit être une première piste à explorer.

Quelle place doit tenir la direction des systèmes d’information ?

Le rôle de la direction des systèmes d’information est central dans l’établissement d’une démarche d’intelligence économique. La quantité d’informations qui se trouve dans l’environnement de l’entreprise implique une remontée d’informations concernant l’ensemble des membres et entités de l’entreprise.

L’un des rôles prioritaires de la DSI est de fournir des outils permettant un échange transversal d’informations qui peut par ailleurs provoquer une remise à plat des fondements et de la structure même de l’organisation. L’établissement d’un intranet et les nouveaux outils de collaboration peuvent avoir des conséquences organisationnelles dans la mesure où la communication se fait sans nécessairement recourir à l’aval de la hiérarchie.

Le système d’information de l’entreprise doit donc être pensé dans une démarche d’intelligence économique, par la mise à disposition de ressources techniques suffisantes à l’ensemble des services et parties prenantes de l’organisation.

La démarche d’intelligence économique envisagée uniquement du point de vue des directions fonctionnelles de l’entreprise - financière, production ou marketing -, n’existe pas. Une démarche d’intelligence économique ne peut pas être considérée au seul niveau des directions. Elle doit uniquement être appréhendée d’un point de vue global.

Le DSI est le partenaire privilégié de la directeur générale et joue clairement un rôle de consultant interne du point de vue de la gestion des systèmes d’information. Pour endosser le rôle du "monsieur intelligence économique", le DSI se doit d’avoir une personnalité ouverte et ne pas se contenter dans la technique, et encore moins de s’y complaire.

De quels freins la DSI peut-elle être à l’origine ?

Avec la généralisation des accès à l’Internet dans les entreprises, la croissance des agressions ne peut qu’augmenter, même si la DSI est aussi confrontée au syndrome de l’huître. Soit elle se renferme sur elle-même, en protégeant et limitant de manière excessive la circulation de l’information, soit elle s’ouvre trop sur l’extérieur et prend des risques démesurés.

Le principal challenge de la DSI est donc de mettre à la disposition de ses clients internes des outils qui permettent de dialoguer avec des partenaires externes sans pour autant constituer la cible de personnes mal intentionnées. Le DSI est donc soumis à des arbitrages entre un besoin naturel de protéger les informations de l’entreprise et la nécessité de partager et de permettre la circulation des données et d’en faciliter l’entrée dans l’entreprise.

Les outils de veille doivent-ils faire partie intégrante de la démarche d’intelligence économique ?

Les entreprises ne peuvent pas se contenter d’outils de veille qu’elles jugeraient uniquement "commodes". Elles ne doivent pas non plus se limiter à des aspirateurs de sites, même s’ils n’ont plus à prouver leur utilité. Les outils de veille sont nécessaires mais loin d’être suffisants.

Même s’ils sont adaptés aux besoins des entreprises, les outils ne se suffisent donc pas à eux-mêmes. Il faut en effet que l’entreprise se dote d’une cellule de veilleurs et que chaque entité et chaque service de l’entreprise accepte de partager et de mettre en commun sa veille.

La démarche d’intelligence économique doit être envisagée selon une approche transversale qui doit regrouper et fédérer les initiatives autour d’équipes projets, où la notion de hiérarchie est limitée, allant dans le sens d’un meilleur partage de l’information.

Source :JDN Solutions. Le 23/01/06. Propos recueillis par Dominique FILIPPONE.


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