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L’Open Access : les bibliothèques

Kumar GUHA

jeudi 16 février 2006, par anass


Les bibliothèques américaines, puis européennnes, en première ligne sur le front des abonnements, ont également commencé à résister aux appétits grandissants des éditeurs. Elles se trouvent toutefois en situation de faiblesse face à des éditeurs qui connaissent bien les exigences des chercheurs en matière d’information. Ayant compris le rôle que pouvait jouer l’Open Access pour la diffusion, mais aussi la conservation des publications scientifiques, elles participent activement à la mise en place des réservoirs institutionnels et commencent à recevoir le soutien de la sphère politique.

Le nécessaire engagement des bibliothèques

A la suite des chercheurs, les bibliothèques, déjà largement impliquées dans la promotion et le développement de " l’Open Access", ont fini, fin 2003, par réagir à la pression financière et à la politique agressive de réabonnement des éditeurs scientifiques traditionnels. Les bibliothèques de grandes universités comme Berkeley, le MIT ou Harvard ont pratiqué des coupes drastiques dans leurs abonnements à Reed Elsevier ou Wiley Interscience notamment, avec bruit et fracas, fin 2003. Elles se sont engagées, dans le même temps, à développer la mise en ligne, et aussi la conservation des publications électroniques sur des serveurs de texte, et à promouvoir le développement de l’ "Open Access" au sein de la communauté scientifique. Fin 2004, le consortium des bibliothèques Suisses a renoncé à conclure un accord global avec ScienceDirect (Reed Elsevier). De mai 2004 à avril 2005, le consortium français Couperin a mené des négociations avec ce même éditeur. Il en résulte, pour certains établissements, une augmentation sur trois ans de 150%. Enfin, les consortiums européens se sont réunis en octobre 2004 à Barcelone et ont décidé de s’unir dans leurs négociations avec les éditeurs scientifiques. De plus, les abonnements sous forme de bouquets, conduisent à une grande confusion entre l’accès à un service et l’accès à un titre et complexifie la question de la conservation et du stockage des numéros. De plus, les éditeurs, visiblement désireux de rentabiliser une numérisation rétrospective intensive, proposent aujourd’hui l’accès aux archives, par achat ou abonnement, ce qui constitue une ponction nouvelle dans les budgets des bibliothèques. Les bibliothèques commencent à prendre conscience qu’il ne suffit pas de soutenir l’Open Access, il faut également adapter sa politique d’acquisition. Les bibliothèques françaises, dégagées des dures négotiations liées à des marchés conclus en 2005 pour 3 ans, devraient pouvoir intensifier la mise en valeur des ressources gratuites et validées (journaux à comités de lecture, serveurs institutionnels) issues du libre accès.

La réaction des éditeurs

Les éditeurs, qui jouissent d’un quasi-monopole sur les titres les plus réclamés par les chercheurs, disposent d’une marge de manoeuvre suffisante, grâce, notamment, aux produits de recherche performants qu’ils acollent à leurs abonnements. La demande des bibliothèques de pratiquer une politique de prix plus raisonnable est balayée avec constance au motif que le prix actuellement payé est loin d’être celui que coûterait un abonnement réel à tous les titres accessibles. De plus, les éditeurs misent sur un développement de moteurs de recherche avec le texte intégral tels que Scopus (Reed Elsevier), et qui viendraient remplacer le couple moteur/abonnement d’un produit comme ScienceDirect (Reed Elsevier) ou Compendex. Ils savent par ailleurs que les chercheurs sont attachés aux titres classiques, au facteur d’impact et que la moitié d’entre eux n’ont aucune idée de ce qu’est l’Open Access et encore moins de ses avantages pour leur renommée et leurs recherches, ce qui les conforte dans leurs positions. Les éditeurs ne restent donc pas inactifs face au libre accès. Ils recrutent au sein du mouvement (voir le chapitre "e-edition"), ils investissent dans de nombreux projets, y compris des projets Open Access, et pratiquent parallèlement un lobbying intensif consistant à dénigrer le mouvement (voir chapitre sur les politiques publiques). On notera, à titre d’exemple, leur forte participation au projet "Google Scholar". Ce puissant moteur de recherche propose en version bêta un accès aux publications scientifiques jusque là restées dans le "web invisible". En autorisant Google à indexer leur contenu payant, ils se mêlent ainsi aux institutions donnant accès à leur contenu gratuit, diminuant par là-même - volontairement ? - la visibilité de ces dernières.

Participation à l’auto-archivage et à l’e-edition

Si les tous premiers serveurs de texte ont été créés par les chercheurs eux-mêmes, les bibliothèques et centres de documentation, habitués, depuis internet, à évoluer à un rythme accéléré, ont rapidement pris le relais, grâce à leur expérience en techniques de l’information et de la documentation et dans le cadre de leur mission d’information à l’égard des chercheurs. En France, les principales initiatives dans ce domaine, qu’il s’agisse de l’INIST, de l’INSERM, de l’INRIA ou de l’INRA, émanent des professionnels de la documentation. Cependant, face à la frilosité d’une partie de la communauté scientifique française, certains projets, comme à l’université de Lyon 2 ou au sein du consortium Paristech, se cantonnent pour l’instant au stockage des thèses, la collecte étant plus facile à organiser dans une structure d’enseignement. Mais ces réservoirs mis en place ont prévu d’intégrer les publications scientifiques dès que cela sera possible. La participation des bibliothèques, en terme de formation et d’assistance à l’auto-archivage sera certainement le prochain défi de la profession . En effet, les chercheurs ne s’occupent généralement pas des problèmes de distribution ou de diffusion de leurs articles, ce qui est le plus souvent le rôle de l’éditeur . Or, les archives institutionnelles présupposent un "auto-archivage" qui serait une tâche nouvelle à assimiler pour des chercheurs déjà submergés par les questions de gestion administrative et se plaignant de ne plus avoir de temps pour la recherche. Les bibliothèques semblent les mieux placées pour jouer ce rôle d’accompagnateur, du moins pour faciliter l’appropriation de ce nouveau mode d’échange professionnel.

Source :DOC.ENPC.SERVICE DOCUMENTAIRE ECOLE NATIONALE DES PONTS ET CHAUSSEES.Le 16/01/2006.Auteur :Kumar GUHA


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