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"Une veille efficace nécessite un environnement propice"

Corentine Gasquet et Agnès le Gonidec

mardi 28 février 2006, par anass


Membre de l’Agence régionale d’information stratégique et technologique, Sylviane Descharmes détaille les pratiques et les enjeux de la veille en entreprise.

Sylviane Descharmes est responsable de la veille industrielle au sein de l’Arist Rhône-Alpes (Agence régionale d’information stratégique et technologique). Ce service de la Chambre de commerce et d’industrie propose des prestations de service aux PME-PMI de la région en analysant leurs projets face à l’environnement technologique et concurrentiel. Riche de plus de quinze années d’expérience dans ce domaine d’activité, Sylviane Descharmes revient sur ce que représente aujourd’hui la veille en France et comment cette pratique se traduit en entreprise.

Comment définiriez-vous la notion de veille ?

Sylviane Descharmes. La veille est l’un des éléments de ce que l’on appelle l’intelligence économique. La notion d’intelligence économique se révèle sous trois aspects principaux. Tout d’abord la veille, qui consiste à observer et à analyser ce qui se passe autour de l’entreprise. Le deuxième aspect consiste, quant à lui, à se prémunir contre la veille des autres : savoir sur quoi on communique, le faire savoir à tous les salariés, créer des réflexes, voire inclure des clauses de confidentialité dans les contrats de travail. Enfin, le dernier aspect de l’intelligence économique est le lobbying, c’est-à-dire l’injection d’informations dans l’environnement de l’entreprise pour une prise de décision profitable.

Quels sont les enjeux de la veille ?

Pratiquer une veille dans son entreprise c’est avant tout se munir d’une assurance, c’est-à-dire éviter les catastrophes, en surveillant l’environnement de l’entreprise : concurrents, clients, fournisseurs... C’est également une source d’innovations qui stimule la recherche et le développement de nouvelles idées. Une même information donnera lieu à une analyse différente suivant les services destinataires et leurs objectifs, ou suivant telle ou telle entreprise, et donnera donc lieu à des décisions différentes. Si la veille est une affaire d’individus du point de vue opérationnel, n’oublions pas que le résultat se répercute au niveau des décisions engageant l’entreprise.

Quels sont les outils employés pour la veille ?

On peut différencier divers supports de veille. Il y a d’un côté les sources d’information multiples et, de l’autre côté, les sources d’information présélectionnées. Dans la première catégorie on trouve Internet, la presse, les salons professionnels... Dans la seconde catégorie on trouve des banques ou des bases de données professionnelles externes dont l’accès est payant. Dans cette catégorie on peut citer, par exemple, Chemical Abstract qui est une base spécialisée en chimie. Il y a également Derwent, une banque de données qui propose des références bibliographiques de brevets avec une analyse de la nouveauté. Cette base est consultable pour 300 euros l’heure de connexion. Le CNRS propose Pascal, une base de données multidisciplinaire plus abordable financièrement, et qui permet la recherche de publications d’experts. Mais peu importe le support, il faut surtout savoir discerner les limites et les avantages de chaque source par rapport au sujet traité et être conscient que tout n’est pas vérité.

La veille revêt-elle des formes diverses ?

La pratique de la veille en entreprise revêt de nombreuses formes, normalisées et structurées, ou pas du tout. En mode normalisé, il s’agit généralement de services internes spécialisés dans la veille, utilisant des logiciels ou d’autres outils déjà cités. Mais la notion de veille peut être beaucoup plus libre, plus exotique. Qui ne connaît pas l’anecdote du Japonais en visite dans une entreprise et qui trempe sa cravate dans un produit pour "récolter l’information" afin de l’analyser ultérieurement ? D’autres posent des questions habiles pour dénicher l’information. Par exemple lors d’un salon professionnel, une personne inconnue de ses concurrents pose des questions en se faisant passer pour quelqu’un d’autre. Le danger ici est d’être démasqué, c’est un vrai travail de comédien. A chacun ses astuces...


Comment peut-on organiser la veille en entreprise ?

Au sein d’une entreprise, tout le monde peut jouer un rôle. C’est en structurant la veille que l’on définit des tâches à accomplir et donc des rôles. On discerne entre autres le "capteur" qui récolte les informations, qui sont alors analysées par des "experts". Une autre fonction devient essentielle : celle de l’animateur. Ce dernier doit être le lien entre les multiples acteurs de la veille, les canaliser sur un projet précis et entretenir un certain dynamisme. Si ce rôle ne se traduit pas forcément par un poste à part entière, il est nécessaire qu’une personne interne à l’entreprise s’en charge à proportion de 10 ou 20 % de son temps. Cet animateur doit avoir l’aval de la direction.

La veille en entreprise nécessite-t-elle des pré-requis ?

Oui. Une veille efficace nécessite un environnement propice. L’entreprise doit cultiver une ambiance de partage. La veille doit également être basée sur un projet d’entreprise. Quant à l’implication de la direction, elle est essentielle pour mener à bien ce projet, et passe par l’intermédiaire d’un dirigeant motivé et communiquant, ayant un esprit très ouvert. Cette implication de la direction générale se traduit aussi bien en terme de budget qu’en terme de temps.

Comment analysez-vous le marché de la veille en France ?

Malheureusement la veille ne concerne que trop peu les petites entreprises. Les grands groupes développent des systèmes de veille plus ou moins importants, et sont en tout cas attentifs aux enjeux d’une telle pratique, surtout s’ils ont un caractère international. Soit ils font eux-même leur veille en interne, soit ils font appel à des cabinets externes spécialisés dans ce domaine. Tout au contraire, le marché de la veille dans les PME évolue peu. Les dirigeants savent ce que c’est, font de la veille de façon intuitive, mais il n’y a pas forcément de concrétisation. On peut donc dire qu’il reste beaucoup à faire concernant la veille en France. Il faut convaincre les entreprises une à une de l’intérêt de la veille, à partir d’exemples dans lesquels elles se reconnaissent individuellement.

Qu’est-ce qui freine au juste les PME ?

Mis à part les budgets nécessaires à la mise en place d’un système de veille élaboré, basé sur des outils technologiques qui permettent un gain de temps, le frein le plus important est le temps. La veille ne nécessite pas forcément des outils très sophistiqués, et peut démarrer simplement en exploitant les ressources Internet. Néanmoins, une pré-recherche demande beaucoup de temps surtout lorsqu’on ne sait ni où, ni comment chercher. Pour de petites entreprises qui n’ont pas les moyens financiers, techniques ou humains, la veille peut donc paraître hors d’atteinte. C’est pourquoi des structures comme les CCI développent des ateliers de formation, tels les cybersites, qui aident les PME à se frayer un chemin dans la jungle des informations.

Parcours

Sylviane Descharmes est responsable de la veille industrielle, au sein de l’Arist Rhône-Alpes. Ingénieur HEI Chimie, elle a suivi une formation à l’IAE de Lyon puis une autre sur la propriété industrielle au Centre Paul Roubier de Lyon. Depuis plus de quinze ans, Sylviane Descharmes conçoit et anime des opérations collectives dans le domaine de la veille et de l’intelligence économique, au niveau régional : mise en place de diagnostic et de démarches de veille en entreprises, réalisation d’études personnalisées, actions de formation, séminaires de sensibilisation des PME-PMI.

Source : Le Journal Du Management.Juin 2004.Auteurs :Corentine Gasquet et Agnès le Gonidec

P.-S.

[http://management.journaldunet.com/dossiers/040642veille/descharmes.shtml

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