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L’intelligence économique, un enjeu de compétitivité

jeudi 2 mars 2006, par anass


On parle beaucoup d’intelligence économique. Sans forcément savoir ce qui se cache derrière un concept encore obscur. Il a pourtant une réalité très concrète : la veille concurrentielle et technologique, la protection des informations et les stratégies d’influence sont les principaux ressorts de l’intelligence économique. Des actions à la portée de toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, et qui préservent leur compétitivité à moyen et long termes.

Le sujet est à la mode. De nombreux articles, livres et conférences sont consacrés à l’intelligence économique. Ce concept n’en reste pas moins flou aux yeux de nombreux dirigeants. Surtout dans les PME, dont on considère parfois - et à tort - qu’elles ne sont pas concernées.

Les chefs d’entreprise français pourraient changer d’avis depuis que l’intelligence économique est devenue une affaire d’Etat. Le député Bernard Carayon a sonné l’alarme : dans un rapport publié en juillet 2003, il a dessiné des perspectives d’avenir très sombres pour l’économie française. "La compétitivité de notre pays a régressé", expose-t-il en préambule.

Les mois qui suivront la parution de son rapport lui donneront raison : plusieurs entreprises prometteuses seront rachetées par des capitaux étrangers. Ce qui incitera le gouvernement à agir : en janvier 2004, le Premier ministre nomme un "haut responsable à l’intelligence économique" chargé de développer la culture de l’intelligence économique au sein des administrations publiques, et d’insuffler cet élan dans les entreprises françaises très en retard par rapport aux principaux pays concurrents (USA, Japon, Allemagne, GB...).

Mais que recouvre vraiment ce concept qui garde toujours un côté mystérieux ? L’intelligence économique se définit comme la maîtrise et la protection de l’information stratégique donnant la possibilité au chef d’entreprise d’optimiser sa décision. Elle comprend trois volets distincts :

- la veille, c’est-à-dire la détection des menaces que l’entreprise peut affronter et des opportunités qui peuvent s’offrir à elle ;

- la sécurité, c’est-à-dire la maîtrise et la protection du patrimoine scientifique, technologique et concurrentiel de l’entreprise ;

- l’action, c’est-à-dire l’élaboration de stratégies d’influence au service de l’entreprise.

Les japonais, champions de la veille technologique

Celui qui pratique l’intelligence économique détient une force concurrentielle de taille : la capacité d’anticiper, de connaître avant les autres les points sur lesquels il doit agir.

Les champions toutes catégories en la matière sont les Japonais : ils vouent un véritable "culte" à l’intelligence économique et à la veille technologique, selon les termes de Daniel Rouach, professeur à ESCP-EAP et auteur d’un "Que Sais-Je ?" sur ce sujet(1). "On estime que les entreprises japonaises leur consacrent 1,5 % de leur chiffre d’affaires. Elles collectent, analysent et traitent des masses d’informations provenant du monde entier et cela depuis 60 ans !"

En France, la taille du marché de l’intelligence économique serait à peine de l’ordre de 150 millions d’euros ! On dénombre juste une centaine d’acteurs dans ce domaine d’activité, dont cinq seulement dépassent 5 millions d’euros de chiffre d’affaires. L’intelligence économique peine encore à trouver une traduction opérationnelle dans la vie des entreprises.

Selon Axel Dyèvre et Denis Meingan, auteurs d’une note d’étude sur les paradoxes de l’intelligence économique (2), les chefs d’entreprise français cultivent une vision "james bondesque" de cette activité. Ils se focalisent sur son seul volet sécuritaire, privilégient des terminologies belliqueuses ("la guerre économique") et l’assimilent encore trop souvent à de l’espionnage. Or, l’intelligence est anticipatrice et relève avant tout de la stratégie et du management.

Aider les PME à franchir le pas

Francis Moaty, responsable du mastère spécialisé "Intelligence scientifique, technique et économique" de l’ESIEE, nuance cette vision : "Les grandes entreprises maîtrisent le concept d’intelligence économique. Elles l’exploitent depuis plusieurs années et savent développer leurs réseaux d’influence.

Elles sont conscientes de la dimension stratégique de l’information et de la nécessité de protéger le capital immatériel de l’entreprise. Il est vrai, en revanche, que les PME restent très ignorantes en la matière, bien que de nombreuses actions de sensibilisation aient été menées en leur direction au cours des dix années écoulées.

Elles commencent à comprendre que, pour leur survie, elles ont intérêt à avoir une bonne vision de leur environnement. Malheureusement, elles n’ont pas souvent les moyens de mettre en place des dispositifs de veille efficaces". C’est précisément pour aider les PME à franchir le pas que l’un des axes forts de la politique du gouvernement concerne "l’intelligence territoriale" : cinq régions "tests" (Ile-de-France, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Midi-Pyrénées, Aquitaine et Alsace) ont été chargées de nouer des relations avec les entreprises de leur territoire pour les amener à développer leur intelligence économique.

Compléments d’information

1/ Avis d’expert :Daniel Rouach, professeur à ESCP-EAP, directeur scientifique du mastère spécialisé

Daniel Rouach est l’auteur de "La veille technologique et l’intelligence économique".

"Je travaille beaucoup sur la question de la gestion des réseaux personnels. Car selon moi, de manière très opérationnelle, l’intelligence économique consiste avant tout à savoir rassembler des informations pertinentes par l’intermédiaire de ses réseaux. Quand j’ai besoin d’une information, je dois savoir qui contacter pour l’obtenir. C’est ainsi que l’on accède à "l’information grise". Elle se distingue, d’un côté, de "l’information blanche", celle qui est accessible à tous et qui représente 80 % de l’information disponible, et de l’autre côté, de "l’information noire", celle qui est cachée et à laquelle on accède par des moyens illégaux. On sort alors du cadre de l’intelligence économique qui se doit d’opérer de manière éthique et légale."

2/ Témoignage : Axel Dyèvre, associé du groupe Datops

Datops, leader européen du management de l’information stratégique.

Qui dit retour sur investissement, dit investissement ! L’intelligence économique ne s’improvise pas.

"Pour que les PME s’approprient le concept d’intelligence économique, il faut leur montrer que cet outil rapporte plus qu’il ne coûte. Sans cela, l’intelligence économique restera un concept fumeux, qui n’aura aucune réalité managériale. Il est pourtant facile d’évaluer une perte due à un déficit d’information : nous disposons d’un critère simple, le gain de temps. Voici un exemple sur lequel nous avons travaillé récemment : une entreprise de biologie a entouré l’un de ses projets de recherche d’un véritable système de veille concurrentielle.

Une vingtaine de collaborateurs étaient impliqués dans ce projet de recherche. Le système de veille a permis à cette équipe de gagner 15 heures de travail par jour. Sur plusieurs mois, l’économie est considérable : plus de 150 000 euros, une fois les coûts de mise en œuvre du système déduits. Autre avantage, non négligeable : le projet s’est terminé plus rapidement que prévu. Le retour sur investissement est donc bien réel. Mais attention : qui dit retour sur investissement, dit investissement ! Il ne faut pas croire qu’un stagiaire est capable de mettre en place un système de veille. Non, l’intelligence économique ne s’improvise pas. Mal organisée, sans réelle implication des dirigeants, elle peut effectivement faire perdre de l’argent."

3/ Témoignage : Serge Papo, directeur général de Nomination,

Nomination, éditeur d’informations sur les cadres dirigeants

Le véritable enjeu de l’intelligence économique : trier, synthétiser, digérer l’information.

Qui est où ? Qui fait quoi ? C’est à cette double interrogation que répond Nomination, une société d’édition d’informations sur les cadres dirigeants français et européens. "Il peut être utile, dans le monde des affaires, de connaître le parcours professionnel, la formation initiale ou l’âge d’un client ou d’un partenaire, explique Serge Papo.

La notion de réseau est de plus en plus importante : avoir des relations communes, une certaine connivence avec son interlocuteur est un plus appréciable". Ces informations stratégiques sont diffusées via une lettre hebdomadaire et une base de données recensant le parcours de 40 000 dirigeants. "La vie des affaires n’est pas seulement faite d’entreprises, poursuit Serge Papo. Elle est faite de personnes qui se rencontrent et qui échangent".

Encore faut-il savoir trouver la bonne information au bon moment, et surtout être en mesure de l’exploiter. "Avec Internet, nous croulons sous les informations. La véritable intelligence, c’est de savoir les trier, les synthétiser, les digérer pour pouvoir les exploiter". Tel est précisément l’enjeu de l’intelligence économique.

4/ Point de vue de l’élu : Eric Hayat, membre de la CCIP, en charge de la valorisation de l’information économique

Eric Hayat est vice-président de Steria.

Si les grandes entreprises maîtrisent maintenant les importants enjeux de l’intelligence économique, les PME ne se sentent pas encore assez concernées.

La définition de l’intelligence économique ? "La maîtrise et la protection de l’information sous toutes ses formes". Eric Hayat sait de quoi il parle : Steria conçoit et diffuse des solutions de maîtrise de l’information dans le monde entier ; en tant que dirigeant, il veille à protéger son savoir-faire ; enfin, en tant qu’élu à la CCIP et au Medef, il participe aux groupes de travail sur l’intelligence économique.

"Ne voir dans l’intelligence économique qu’une forme d’espionnage est réducteur, commente-t-il. Avant de piller le savoir-faire des autres, il faut savoir protéger le sien ! Certaines entreprises font preuve d’une grande naïveté en divulguant, sur leur site Internet par exemple, des informations stratégiques. Elles devraient considérer leur savoir-faire comme un trésor précieux qui mérite d’être protégé". A fortiori quand elles l’exportent : sur certains marchés, qui n’ont pas le même niveau de protection juridique que les grandes puissances industrielles, ce savoir-faire doit être encore mieux préservé.

Les grandes entreprises maîtrisent maintenant les importants enjeux de l’intelligence économique. En revanche, les PME ne se sentent pas assez concernées. "Nous avons un énorme travail de formation et de sensibilisation à mener auprès des dirigeants de PME. C’est ce à quoi je m’attelle aujourd’hui. Le Président Pierre Simon m’a confié une mission de valorisation de l’information économique produite par la CCIP. D’une richesse et d’une étendue exceptionnelle, cette masse d’informations est un outil d’intelligence économique mis à la disposition des entreprises."

Source :CCIP(Chambre de Commerce d’Industrie de Paris).Le nouveau courrier.Parution : n° 125 • Avril 2005


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