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Les secteurs des TIC restent porteurs

Didier Pouillot

mercredi 19 avril 2006, par anass


Après la forte reprise des secteurs des TIC observée en 2004 dans les différentes régions du monde, l’année 2005 apparaît comme une année de consolidation, avec un marché en croissance soutenue mais loin de la fièvre qui avait agité la fin des années 90.

En outre, la dynamique du secteur doit être appréciée dans un contexte de forte reprise économique générale : en 2005, sa croissance au niveau mondial (+6%) est ainsi légèrement en retrait par rapport à l’évolution du PIB (+6.7% en valeur courante). Mais, au-delà de la dynamique intrinsèque du secteur, l’un des enjeux majeurs reste bien sûr le rôle des TIC dans la performance de l’économie mondiale et la formidable dynamique d’innovation qui transforme de plus en plus profondément les usages.

La reprise de l’investissement dans les TIC

L’éclatement de la bulle TMT avait entraîné une dépression immédiate des marchés, mais l’investissement dans les TIC a repris progressivement, aux Etats-Unis d’abord puis au Japon et en Europe. Cette reprise s’est dans un premier temps manifestée dans le segment informatique (dès 2003 en Amérique du Nord), avant de se propager dans les télécommunications. Dans ce secteur, 2004 a clairement marqué le retour à la croissance avec une reprise des investissements des opérateurs (qui progressent de près de 10% en 2004 puis 2005). Le secteur médias de son côté a bénéficié à la même période de la reprise des investissements publicitaires. Les dépenses des consommateurs finaux ont également contribué à la reprise, avec dans les télécommunications une consolidation de la dynamique des marchés mobiles et du haut débit, voire une accélération pour ce dernier, et dans l’Electronique Grand Public (EGP) l’engouement du public pour les nouveaux équipements numériques.

De manière directe, les secteurs des TIC contribuent ainsi au total pour 7.5% du PIB mondial. Ils attirent une grande partie des investissements en capital risque et emploient environ le quart des dépenses de R&D industrielle, tous secteurs confondus.

Des mouvements géographiques

La période récente est aussi et surtout marquée par les déplacements géographiques, non plus seulement des marchés mais aussi des centres de compétences et de production. L’Europe et les Etats-Unis, touchés à des degrés divers, doivent ainsi répondre aux défis lancés par les économies émergentes, la Chine et plus largement l’Asie en premier lieu.

Les trois blocs de la Triade ne représentent plus en 2005 que les trois-cinquièmes de la production mondiale des industries des TIC, soit une perte de près de 20 points par rapport au début des années 90. Dans les services, on observe également un glissement, même si la production continue d’être en grande partie liée aux lieux de consommation : les opérations offshore se développent rapidement, dans les services informatiques notamment.

Au-delà des économies de main d’œuvre, qui confèrent aux régions émergentes un avantage compétitif en terme de production et justifient par là même la plupart des opérations de délocalisation, le phénomène est aussi soutenu directement par les progrès des TIC qui améliorent la fluidité des échanges et la rapidité des traitements. Ainsi des équipes peuvent-elles travailler ensemble en quasi-temps réel à partir de différents points du globe.

En corollaire, le commerce d’équipements TIC continue de se développer à un rythme soutenu : d’à peine plus de 10% du commerce mondial des biens au milieu des années 90, la part des équipements TIC représente aujourd’hui plus de 15%. Sur ce sous-ensemble, la Chine émerge comme l’un des blocs les plus puissants, juste derrière les Etats-Unis.

Les échanges mondiaux ont ainsi crû très fortement. A l’exception des deux années qui ont immédiatement suivi l’éclatement de la bulle TMT, leur progression a été plus du double de celle enregistrée par l’ensemble des secteurs économiques. La globalisation se traduit aussi par des investissements conséquents des grands groupes des TIC dans les marchés étrangers proches des marchés consommateurs et/ou offrant un accès à des compétences spécifiques. Ainsi a-t-on vu se développer à la fois des investissements directs dans des unités de production à l’étranger, souvent en partenariat avec des groupes locaux (c’est même devenu la règle dans des pays comme la Chine) et des fusions/acquisitions dont la reprise est particulièrement nette chez les opérateurs de télécommunications qui ont retrouvé des marges d’initiatives en terme de cash flow.

Ce mouvement de globalisation se traduit aussi par des importations de plus en plus conséquentes en provenance de pays à forte compétitivité, soit par les coûts (Asie largement mais aussi Europe de l’Est ou Amérique Latine) soit par la spécialisation (Irlande, Finlande).

Une contribution directe en panne

Sur la période récente, force est de constater toutefois que la reprise du secteur s’est faite dans un contexte de croissance générale exceptionnelle, et la progression des marchés TIC est de fait restée inférieure à celle de l’économie générale. On a ainsi observé une montée des usages et de la consommation, induisant d’ailleurs des gains de productivité dans les différents secteurs de l’économie et contribuant à la croissance globale, mais qui s’est traduite d’une manière directe par une progression limitée des ventes en valeur sous l’effet d’une pression sur les prix et d’effets de substitution (voix sur IP en lieu et place de la téléphonie commutée par exemple).

Autre élément qui relativise les performances directes des secteurs TIC en 2004 et 2005, le cycle "technologique" a joué favorablement. Dans l’informatique en particulier, une partie du retard d’investissement accumulé depuis trois ans appelait un rattrapage.

D’une manière plus large, certains indices laissent à penser que le krach technologique de 2001 a marqué la fin d’une époque, celle où les dépenses dans les TIC apparaissaient comme naturellement bénéfiques et où la croissance annuelle s’affichait régulièrement à deux chiffres. Certes, le débat sur la question de la contribution réelle des investissements en TIC à l’amélioration des performances du système industriel n’est pas nouveau mais il a particulièrement resurgi au cours des dernières années, au moment où les entreprises des régions industrielles, par besoin d’économies, ont dû limiter leurs investissements et établir des priorités dans leurs choix. Aux Etats-Unis notamment, alors que la part des investissements en TIC dans l’investissement total en biens d’équipement des entreprises n’avait cessé de progresser durant trois décennies, le mouvement s’est brutalement interrompu au passage de 2001, les deux composantes (TIC et hors TIC) suivant à partir de cette date des évolutions parallèles

Les effets de la diffusion des TIC dans l’économie n’en restent pas moins évidents. Pour les entreprises, au-delà des éléments d’efficacité qu’ils peuvent apporter au sein même des organisations, ils servent aussi de base aux échanges, en mode BtoB et aujourd’hui BtoC, même si l’adoption de ces nouveaux protocoles se fait assez lentement. En définitive, on s’aperçoit que les entreprises doivent se préparer pour implémenter ces nouvelles procédures, ce qui prend du temps et surtout engage des investissements conséquents.

Au total, les secteurs des TIC restent bel et bien porteurs, mais sans doute davantage dans leurs effets sur les performances de l’économie générale, à travers leur diffusion dans l’ensemble des secteurs d’activité, que dans leur contribution directe en valeur.

Source :vnunetblog. Auteur :Didier Pouillot, coordinateur DigiWorld 2006, IDATE


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