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La fracture numérique ne se réduit pas

Sandrine Cassini

lundi 7 février 2005, par Collecte CND R.L

Selon une étude du Credoc sur les Français et les nouvelles technologies, la substitution fixe mobile continue dans la téléphonie, tandis que l’équipement en ordinateurs et en haut débit poursuit sa croissance. Mais les écarts entre les populations restent importants.

Chacun a tout loisir de le constater, les nouvelles technologies prennent une place grandissante dans la vie quotidienne. Il restait à savoir laquelle. C’est toute l’ambition de la dernière étude réalisée par le Credoc à la demande du Conseil Général des Technologies de l’Information (CGTI) et de l’Autorité de Régulation des Télécommunications (ART).

Première confirmation apportée par l’étude : la téléphonie mobile continue de se substituer à la téléphonie fixe. Le taux d’équipement en mobiles a gagné 6 points en un an pour atteindre 68%. Par rapport à ses débuts, le téléphone portable n’est plus un outil nomade : il est utilisé à 40% au sein du domicile et à 17% à l’école ou sur le lieu de travail. Le mobile, à l’origine destiné à faire le lien dans les zones dont le fixe était absent, est devenu un outil de "joignabilité".

C’est pourquoi les particuliers ont continué à prendre leurs distances vis-à-vis du fixe : 15% n’avaient plus de raccordement en 2004, contre 10% quatre ans avant. Mais le phénomène devrait se stabiliser dans la mesure où de plus en plus d’usagers veulent disposer d’un accès à Internet par ADSL, c’est à dire via une ligne fixe.

Concurrence chez les opérateurs téléphoniques

Autre tendance : l’émergence de la concurrence dans les communications fixes.

Selon l’étude, 24% des plus de 18 ans utilisaient plusieurs opérateurs en 2004, contre 21% un an avant. Ainsi, si l’on conserve son abonnement à l’opérateur historique, on a tendance à choisir un concurrent alternatif jugé moins cher, comme Télé 2 ou Cegetel, pour les communications.

Et cette tendance n’est pas le fait des plus pauvres, ce sont surtout les ménages aisés qui font jouer la concurrence. En même temps, les individus n’hésitent plus à arbitrer leur budget : "35% des 18-24 ans n’ont aucun abonnement au réseau filaire, de même que 33% de ceux disposant de moins de 900 euros par mois", note l’étude.

Reste que si les personnes les moins bien loties ont choisi le mobile au détriment du fixe, elles sont quand même confrontées à la question du coût de ces nouveaux services, bien plus onéreux qu’auparavant.

Les services comme les SMS, les téléchargements de logos ou de sonneries, ou l’envoi d’e-mails sur mobile, nouvelle passerelle entre réseaux fixes et mobiles, ont continué de soutenir le secteur.

Dans le cas des SMS, l’étude note une utilisation en plus forte croissance chez les individus aux revenus les plus faibles, signe que ces derniers pourraient utiliser cette technique au détriment de communications par la voix afin de faire des économies.

Concernant les services payants, 29% de la population aurait déjà fait l’acquisition d’un logo ou d’une sonnerie, au prix moyen de 1,3 euro plus 30 centimes pour le transfert, preuve que les prix pratiqués, bien qu’ils soient élevés, semblent indolores.

Explosion des connexions à Internet

Le Credoc s’est également penché sur les habitudes informatiques des Français. Ceux-ci ont continué à rattraper leur retard en la matière et 50% de la population était équipée en juin, une tendance qui "pourrait même s’accélérer en 2005".

Pourtant, la "fracture numérique" ne se réduit pas pour autant. Car, en dépit d’une diffusion rapide chez les bas revenus, 30% seulement des ménages gagnant moins de 900 euros étaient équipés, contre 82% de ceux disposant de plus de 3.100 euros.

Concernant Internet, le taux d’équipement est passé de 30 à 35% en un an, contre 6% il y a cinq ans. Mais la progression est particulièrement impressionnante chez les plus équipés (+10% chez les cadres supérieurs où Internet atteint un taux de pénétration de 76%).

Résultat, les écarts entre les différentes catégories de la population restent importants et les inégalités n’ont quasiment pas évolué en un an. Le haut débit transforme bien sûr l’essai, puisqu’il représente désormais 55% des connexions.

Parmi les utilisations de l’ADSL, la télévision est sans conteste l’événement 2004. Selon l’étude, 2% de la population affirme posséder un accès à la télévision par ADSL, un chiffre peut-être exagéré, prévient le Credoc mais qui n’en témoigne pas moins d’un engouement qui ne devrait pas se démentir cette année.

Utilisation quotidienne

Globalement, l’utilisation de l’informatique et d’Internet est désormais solidement ancrée dans la vie quotidienne. Toutes les personnes d’un foyer se servent de l’ordinateur, "près d’une personne sur deux l’utilise même tous les jours", que ce soit pour la messagerie électronique (63%), pour retoucher des photos (43%), ou pour jouer à des jeux (59% en tout et 90% chez les adolescents).

31% des internautes auraient déjà utilisé un réseau peer-to-peer (Kazaa, eMule...) mais ce chiffre s’est stabilisé en un an. Internet est devenu un véritable assistant : l’usage de la messagerie instantanée ne cesse de croître, l’accomplissement de démarches fiscales ou administratives est de plus en plus demandé et l’achat en ligne devient une démarche de plus en plus naturelle.

Si le prix reste un frein important chez ceux qui ne sont pas encore équipés en informatique, la complexité des appareils constitue elle aussi une barrière encore décourageante. C’est aussi le signe que l’informatique se démocratise véritablement en atteignant les individus les moins concernés à la base.

Pour Internet, le frein ne provient plus du prix (17% des individus en 2004 contre 33% un an avant) mais de la qualité de service et de la complexité de la mise en place. Force est de constater qu’en cette période de forte concurrence, le chemin vers la Toile peut s’avérer être un véritable parcours du combattant. En effet, même une fois l’abonnement contracté, l’accès au Web n’est pas toujours facilité. Sur ce terrain opérateurs et équipementiers ont encore beaucoup à faire.


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