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Quelle pertinence des TIC pour l’accompagnement scolaire ?

vendredi 12 mai 2006, par anass


Les TIC constituent "un outil très précieux pour lutter contre une forme d’isolement" et promouvoir l’égalité des chances entre les élèves, déclare Marie-Danièle Campion, recteur de l’Académie d’Amiens. Elle pointe l’ "extrême richesse d’utilisation" que ces technologies offrent pour son académie, qui est marquée par "de très profondes disparités territoriales". Marie-Danièle Campion parle de "souplesse d’utilisation" des technologies, qui autorise un meilleur accompagnement des élèves dans leur classe, à leur domicile comme dans les espaces publics. Pour élargir l’accès aux ressources numériques, "l’heure est à la médiation collective qui repose sur la stratégie d’équipement". Il se profile une "métamorphose, quelque part, de la politique éducative", estime le recteur.

Jean-Pierre Carrier, professeur à l’IUFM d’Aquitaine, parle de "promesses pas forcément tenues" autour du numérique éducatif. La première consiste à "utiliser le multimédia le plus tôt possible pour assurer la réussite de l’apprentissage scolaire, avant même qu’il commence". Cette approche est perceptible dans certains logiciels pour les tout petits. La deuxième considère l’accompagnement tout au long de la scolarité comme un moyen de "veiller à ce qu’il n’y ait pas de faux pas" et le multimédia se présente comme un outil de "remédiation en cas d’échec". Reste à savoir "comment se fait le lien entre la dimension technologique et une dimension pédagogique de ces produits", questionne Jean-Pierre Carrier. "On a même parlé de "révolution" de la pédagogie par ces logiciels", notamment via la perspective de personnalisation du multimédia éducatif.

Autre point d’interrogation soulevé par Jean-Pierre Carrier, le recours au ludique : "Le logiciel mobilise un environnement agréable de type vacances et inclut des jeux pour séduire les enfants qui utilisent ces produits". La place du jeu fait problème car il s’agit de présenter le travail dans une perspective de "récompense" et donc de "se baser sur la logique de l’exercice". L’élève aura donc une "représentation du monde scolaire avec le travail d’un côté et, s’il est méritant, la possibilité de jouer". Pour Jean-Pierre Carrier, "on peut se demander s’il n’y a pas ici une forme de leurre, un maquillage avec la construction d’une situation". Il préfère "chercher du côté d’une dimension ludique des apprentissages, de telle sorte que les élèves aient du plaisir non seulement à s’évaluer mais aussi à apprendre".

Pour mieux comprendre l’apport des TIC, il convient, selon Christian Gautellier, directeur des publications des CEMEA (Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Éducation Active, www.cemea.asso.fr), de "différencier les interactions machiniques entre l’ordinateur et l’utilisateur et les interactions cognitives qui sont de l’ordre de l’apprentissage". Cela signifie d’avoir "des objectifs précis et des populations précises à cibler". Cela entre en conflit avec la situation actuelle caractérisée par "une approche de marché, donc grand public". Il en appelle à "l’investissement public" qui doit, "à partir de cahiers des charges assez précis, toucher ces publics en échec scolaire". Christian Gautellier souligne que "les jeunes en grande difficulté scolaire ne sont pas autonomes en termes d’apprentissage et les contenus numériques actuels ne sont pas capables de les prendre en charge au travers de processus d’auto-apprentissage". Cela pose donc le problème de la médiation cognitive portée par des adultes compétents, dans ou en dehors de l’école. Les outils numériques comportent aussi une dimension culturelle qui entraîne la question "comment éduquer par ces outils sans éduquer à ces outils ?" Derrière cette interrogation se profil le danger d’ "ajouter des obstacles si on apprend pas à les utiliser". "Où est l’Etat demande Christian Gautellier. Il pourrait favoriser la production de contenus numériques d’accompagnement scolaire dédiés aux publics les plus en difficulté".

Les TIC peuvent servir d’instrument d’ouverture de l’école sur l’extérieur, fait valoir Catherine Guinoiseau, coordinatrice réseau et multimédia pour l’enseignement catholique en Maine-et-Loire. L’accès de la salle informatique le soir peut permettre de mieux associer les parents "pour une animation autour de l’utilisation des ordinateurs". L’école peut aussi s’ouvrir sur l’extérieur "en publiant des documents et exercices destinés aux élèves sur un site d’établissement, de discipline, d’aide aux devoirs, en impliquant les élèves dans la publication de journaux en ligne, en utilisant une plate-forme de cours à distance...". Elle évoque le site "takatrouver" réalisé par des enseignants (www.takatrouver.net) qui comptabilise environ 200 000 visites par mois. Par ailleurs, poursuit Catherine Guinoiseau, lorsque les élèves s’engagent dans des projets de travail en commun, "des jeunes qui pensaient être bons à rien révèlent leurs capacités" et par exemple "les élèves étrangers se mettent à parler", alors qu’ils se taisent en classe. Les TIC apparaissent bien comme un "outils de revalorisation de soi".

Brigitte Noé, directrice de l’école Saint-Maurice à Amiens, évoque son expérience des TIC auprès des élèves. Les CM2 bénéficient de deux modules d’initiation dans l’année. Ils sont alors répartis en groupes de 8 à 10 élèves et pris en charge par des étudiants de l’ESIEE (École Supérieure d’Ingénieurs en Electrotechnique et Electronique) dans une logique de projets pendant sept à huit semaines. Les parents viennent chercher leurs enfants dans les locaux de cette école d’ingénieurs situés à proximité de l’école primaire, et peuvent ainsi voir ce qu’ils ont réalisé. Mais l’impact d’un tel dispositif sur les élèves reste pour l’instant difficile à déterminer, en raison d’un manque de recul.

Le partenariat avec l’ESIEE concerne aussi le collège Édouard Lucas, également situé à proximité. Valérie Boyaval, coordinatrice REP (réseau d’éducation prioritaire) à Amiens, dit qu’il y a depuis 4 ans "une augmentation des élèves accédant à la première scientifique (20% à 32,4%)". Le taux était situé "en dessous de 3% de la moyenne académique" : il est maintenant à un taux "en dessus de 8%".

L’usage des TIC par les élèves s’est traduit par "la conception et la réalisation d’une maquette pour une maison de retraite", témoigne René Bourion, principal du collège Georges Sand à Châtellerault. Un tel projet pédagogique a permis d’acquérir une meilleure maîtrise des outils logiciels mais aussi de mieux communiquer, de travailler en équipe, de mieux s’exprimer pour exposer le projet, d’avoir une meilleure connaissance de son environnement, la ville de Châtellerault. L’initiative a également engendré plus d’implication de la part des élèves pour le travail scolaire autonome, "plus d’attention et de motivation". Pour René Bourion, la "grande difficulté" est de parvenir à faire travailler l’élève "à l’école et en dehors de l’école : Comment faire pour arriver à amener les élèves qui ne souhaitent pas s’impliquer à comprendre ce que l’école peut leur apporter ?"

Source :Educnet.Compte rendu des interventions du séminaire "Accompagnement à la scolarité, égalité des chances et TIC" Amiens- 28 et 29 novembre 2005.


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