BdD des Sciences d’Information

Accueil du site > Aspects juridiques des sciences de l’ information > Droit de l’information > Les logiciels libres pourront-ils débarquer au Maroc ?

Les logiciels libres pourront-ils débarquer au Maroc ?

Dounia Essabban

mardi 16 mai 2006, par anass


Le 16 mars 2006, Habib El Malki, ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur, de la Formation des cadres et de la Recherche scientifique présidait, aux côtés de Mohamed Benchaâboun, directeur général de l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT) et du docteur Martina Roth, directrice pour la Région Europe, Moyen-Orient et Afrique, le lancement du programme « Intel Teach to the Future ».

Un programme qui compte offrir aux enseignants une formation à l’outil informatique. L’intégration des nouvelles technologies de l’information et de la communication faisant désormais partie intégrante de la nouvelle démarche pédagogique retenue par le ministère de tutelle.

L’introduction de l’outil informatique à l’école est primordiale. La volonté en haut lieu l’atteste d’ailleurs. Réduire la fracture numérique est essentiel pour le développement du pays, et le projet GENIE devrait y remédier. Très ambitieux, le programme vise la généralisation des TIC dans l’enseignement. Le challenge est de mettre en place 8.600 salles multimédia à travers l’ensemble des établissements du Royaume.

Le gouvernement devra faire ses choix en termes d’investissement. Le meilleur moyen sera d’étudier toutes les offres et d’envisager des solutions à long terme. Car il est sûr qu’avec des configurations basées sur les logiciels libres, les coûts seront exemptés des droits de licence nécessaires à chaque mise à jour.

Et si le choix porte sur l’acquisition de matériel intégrant des logiciels Microsoft ou autres, il s’agira alors d’élaborer des prévisions liées à l’acquisition régulière de licences. Car le manque de budget sollicite fatalement le marché parallèle... autrement dit, celui des programmes piratés.

Conscientes de la portée nationale, les sociétés de logiciels libres font aujourd’hui un forcing en termes marketing pour sensibiliser les différentes administrations quant aux bénéfices des programmes qu’elles commercialisent. Tel que le définit Richard M. Stallman, le logiciel libre fait référence à la liberté pour tous (simples utilisateurs ou développeurs) d’exécuter, de copier, de distribuer, d’étudier, de modifier et d’améliorer le logiciel.

Les fondements même du logiciel libre reposent sur quatre libertés. La première est celle d’exécuter le programme, pour tous les usages (liberté 0). La seconde représente celle d’étudier le fonctionnement du programme et de l’adapter à ses besoins (liberté 1) à travers l’accès au code source. La troisième est la liberté de redistribuer des copies, donc d’aider son voisin (liberté 2).

Enfin, la quatrième correspond à la liberté d’améliorer le programme et de publier ses améliorations, pour en faire profiter toute la communauté (liberté 3). Là aussi, le code source est nécessaire.

Conçu en système ouvert, le logiciel libre ou encore « open source » peut être enrichi, à son profit, par toute la communauté qui s’y intéresse. Et ce, à l’échelon planétaire car il n’admet pas de frontières.

En clair, la notion de libre fait référence à la liberté d’accès et non au prix. Dans la panoplie des logiciels libres, c’est le Linux qui est le plus répandu. Les bénéfices du logiciel libre sont principalement la sécurité et le coût d’implémentation.

Au Maroc, le débat autour de la question commence à faire réagir les décideurs de tous bords. Le ministre des Finances vient de faire basculer les installations informatiques de ses départements vers les logiciels libres. Les autres ministères devraient en faire autant. Mais c’est dans l’enseignement où le choix sera décisif compte tenu des enjeux. Car la démocratisation de l’outil informatique et la réduction de la fracture numérique sont là pour le rappeler.

Au Maroc, deux opérateurs se positionnent en matière de logiciels libres. La société Solinux essaie tant bien que mal, depuis quelques années déjà, de se frayer un passage sûr et pérenne pour convaincre les entreprises et les administrations à migrer vers les logiciels libres. Le coût réduit et la maîtrise de la technologie sont au cœur de l’argumentaire.

Et c’est au tour de Mandriva, premier éditeur mondial de distribution commerciale de Linux, d’approcher le marché marocain. Le mois dernier, il crée la société Liberty Tech, en partenariat avec le représentant de Giga Group et la société Phoenix Consulting. Il est évident que l’opérateur lorgne sur le premier marché juteux du Maroc, en l’occurrence celui se rapportant à l’enseignement.

Lors de sa première sortie médiatique, François Bancilhon, directeur général de Mandriva, déclarait que « seul le logiciel libre offre la possibilité technique et l’écosystème pour répondre à la demande de la localisation ».

Linux, le principal logiciel libre, est en effet traduit en 75 langues à travers une communauté de 120 traducteurs. Ceci n’a pu être possible que par l’ouverture du code source. 25 traductions seulement sont disponibles pour Windows... En termes de sécurisation, le logiciel libre est moins « atteint » par les virus que les licences.

Avec un taux de piratage estimé à 60 %, le Maroc dépasse celui de la France, qui se situe aux alentours des 45 %. Mais le record demeure enregistré par la Chine avec 94 %.

Sensibles aux enjeux, ne serait-ce que sur le plan de la sécurité des données, certains pays ont déjà procédé à la migration de leurs systèmes d’information. Cela fait déjà plus de deux ans que la France avait donné l’ordre de passer aux logiciels libres. Le mot d’ordre avait été donné par le biais de ses mairies.

C’est ainsi que les principales administrations de l’Hexagone ont pu faire basculer leur système d’information. En Tunisie, un Secrétariat aux nouvelles technologies et au logiciel libre a été créé signant ainsi l’importance de l’enjeu.

Au Maroc, le programme Génie devra donner le ton de cette prise de conscience ; fermer la porte au logiciel libre en élaborant un cahier de charges sur mesure risquerait de la freiner.

Au Brésil, au Pérou, en Argentine et bien sûr, en Tunisie, les décideurs tant privés que publics ont été convaincus des enjeux liés au logiciel libre. Le Maroc demeure encore une fois dubitatif. L’avenir nous le confirmera...

Source :Le Matin.Le 04/04/2006.Auteur :Dounia Essabban


Suivre la vie du site RSS 2.0 | Plan du site | Espace privé | SPIP | squelette