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Quels changements ? Pour 2006-2011

Michel Cartier.

mercredi 7 juin 2006, par anass


Professeur au Département des Communications de l’Université du Québec à Montréal et consultant auprès de diverses institutions autant en Europe qu’en Amériques dans les domaines des TICs, CS ARENOTECH.

Les années 2006 à 2011 ne seront pas des années de convergences mais plutôts de collisions entre plusieurs géants : Microsoft, Sony, Motorola, Google, Cisco etc. Les gagnants qui surferont le prochain bond économique de 2011-2016 sont les institutions qui analyseront correctement les confrontations qui se préparent.

On découvre les défis actuels, la fracture numérique par exemple, mais on n’anticipe pas les sleepers (une expression américaine qui prétend que c’est un sujet qui dort actuellement - to sleep - mais qui deviendra important bientôt).

Les mutations technologiques à surveiller

1- Internet deviendra le champ de bataille

2- Il se banalisera au point de disparaître dans l’environnement quotidien de l’utilisateur.

3- Un accès généralisé à une plus grande largeur de bande, grâce à la combinaison du réseau téléphonique avec le réseau satellitaire et bientôt avec le réseau électrique (BPL ou broadband over powerline) et le réseau sans fil de type Wi-Max, résoudra l’embouteillage du dernier kilomètre (last mile avant le domicile).

4- L’acceptation de standards par l’industrie permettra de développer quatre environnements sous forme de media hub (c’est-à-dire doté d’une intelligence ambiante) : la maison, le bureau, la salle de classe et l’automobile.

5- La vente des micro-ordinateurs sera surpassée par celle de l’électronique grand public (consoles de jeux, mobiles, GPS-Galileo, home entertainment, iPod et smart devices), créant une ère post-PC.

6- Les PDA, les baladeurs et les téléphones intelligents intégreront plusieurs nouvelles fonctions et deviendront encore plus sophistiqués, tandis qu’on développera des iPod sans fil, vidéo et bracelet. Le tout s’intégrera grâce au Wifi et au IPv6 (Protocole Internet version 6) qui dotera tout équipement électronique d’une adresse, multipliant le nombre d’appareils pouvant être raccordés à Internet, créant A new World of Wireless.

7- L’essor de l’Internet de 2e génération sera freiné par le goulot d’étranglement que préparent les opérateurs câblo et telco via leur offensive triple play package (jeux + téléphone + télévision). C’est la guerre de la Digital House qui débute.

8- Les grands manufacturiers de consoles de jeux voudront faire de celles-ci le media hub de la future maison « intelligente ».

9- L’essor d’Internet sera freiné par la complexité des nouvelles infrastructures des TICS qui imposeront l’implantation d’un autonomic computing (une autorégulation « intelligente » par les systèmes eux-mêmes).

10- L’essor d’Internet sera freiné par plusieurs tentatives de contrôle : la gérance de la bande passante, des noms de domaines (DNS, ICANN) ou des protocoles.

Les mutations économiques :

11- L’arrivée des technologies de reconnaissance de l’écriture et de la parole (grâce aux nouveaux circuits de reconnaissance de la parole) facilitera les transactions sans clavier, de la part des nouveaux publics technophobes, permettant l’essor du B2C tant attendu, donc l’arrivée de nouveaux investissements dans le secteur des TICS.

12- L’architecture briques-et-clics rassemblera les marchands de détails sous plusieurs grands parapluies (eBay, Amazon, Wal-Mart, Fnac, Otto, Ciao, etc,) qui entreprendront une guerre des prix vis-à-vis les PME à partir du contrôle des quantités grâce à leur production en temps réel et aux pick-up in-store.

13- En déplaçant les marges de profits, le numérique et le temps réel restructureront complètement le e-business.

14- L’Internet de 2e génération fera exploser le système de propriété intellectuel.

15- Une nouvelle galaxie économique mondiale émergera : Google (capital de 120 milliards $), Time Warner (85 m.), eBay (65 m.), American Express (64 m.), Yahoo (60 m.), Sony (36 m.), etc.

16- On ignore comment un modèle économique se développera à partir du concept de valeur ajoutée.

17- On ignore comment le Web résoudra le handicap qui prétend que tout contenu doit être offert gratuitement.

18- On ignore comment l’économie sera modifiée par le courant de personnalisation qui imposera une communication de plus en plus liée aux phénomènes d’attention et d’émotion exigeant de nouveaux outils d’analyse des clientèles des niches.

19- On ignore comment remplacer le modèle d’affaires du monde des médias de masse reposant principalement sur la publicité par un modèle qui conviendra au monde des demandes individualisées des clientèles des niches.

20 - Le concept de « longue queue » (long tail aux États-Unis) pourrait modifier l’économie numérique : des centaines de milliers de produits très pointus, mais peu connus, deviendraient économiquement rentables, grâce au Web qui leur trouverait une niche dans le cyberespace.

Les mutations sociétales

21- Trois grands courants de diffusion fractionneront les clientèles en niches :

A- le monde sophistiqué du Web desservira des clientèles prêtes à débourser pour la haute vitesse et la haute-fidélité ;

B- plus conviviale, l’électronique grand public rejoindra les clientèles peer-to-peer attirées par son caractère d’instantanéité et de liberté ;

C- les réseaux parallèles de type communautaire ou universitaire créeront un Social Web.

22- La présence de 25 % d’analphabètes (de base et fonctionnels) créera des irrégularités économiques et démocratiques, tandis que la présence des digital immigrants (les boomers) et des digitals natives (les ado. et la génération Y) suscitera des conflits générationnels.

23- Ainsi, parce qu’Internet n’est pas une technologie centralisatrice mais décentralisatrice, il développe une société peut-être moins hiérarchisée mais, surtout, beaucoup plus hétérogène.

24- Parce que le caractère collaboratif de l’Internet de 2e génération convertira les spectateurs actuels en acteurs, beaucoup de citoyens vondront s’exprimer sur les questions les concernant. Incapables de délaisser leurs stratégies descendantes (top down) les élites politiques perdront rapidement leur crédibilité.

25- Parce que les techniques collaboratives servent à développer des opinions, les groupes d’intérêts émergeront comme des lieux alternatifs de pouvoir, donc des lieux d’opposition.

26- En encourageant les activités collaboratives (réseaux de confiance, peer-to-peer, stratégies bottom-up, etc.) Internet multipliera les transferts et les échanges de contenus accélérant ainsi l’infobésité déjà galopante.

27- Le cocooning II réorganisera la maison autour d’un système-maison couplé à plusieurs pièces en réseau. Deux types de e-domicile émergeront : l’un pour les clientèles biens nanties (les trend setters) et l’autre pour les classes moyennes.

28- Le coût de la e-administration gouvernementale sera beaucoup élevé que prév à cause des coûts des accès physiques et culturels. Le e-gouvernement sera impossible à implanter d’ici cinq ans à cause de la transparence et de la confiance exigées par les citoyens.

29- L’emploi de caméras de surveillance, des cartes et de téléphones qu’on peut retracer, etc. menacera la vie privée du citoyen.

30- L’apparition de citoyens (snapparazzi) qui filment les événements avec leur portables pour les revendre aux chaînes de télévision (Sky News, ITV, Current TV) ou de journaux, redéfinira l’usage sociétal de l’information.

31- Parce que la mondialisation dilue actuellement les frontières des États elle imposera une nouvelles forme de gouvernement planétaire (démocratique espérons-le).

Entre 1995 et l’an 2000, nous avons trop laissé la pensée magique guider nos réflexions concernant l’évolution de notre société, avec les résultats que l’on sait (implosion de la bulle boursière, disparition de plusieurs entreprises dot.com et perte de confiances des investisseurs). Maintenant, on nous prédit que nous allons vivre dans un On-demand World habité par la Génération@ ! En modifiant le bureau, le domicile, etc., ces changements offriront une nouvelle forme d’intelligence ambiante, qui deviendra le support de la nouvelle société. Une tendance générale émergera : A world of embedded intelligence.

Le pôle technologique

• Le front office

À la première réorganisation du e-business qui s’est développée autour du back office, ou B2B, succède maintenant l’étape du front office qui permettra de réaliser le vieux rêve d’il y a vingt ans : le B2C. Nous devrons créer un e-commerce axé vers des clientèles cibles ce qui exigera un ajustement des marges de profits selon les contextes, donc une réorganisation autour d’une productivité et des inventaires en temps réel. Il y aura donc un passage des TI système d’information devenant un système d’organisation (tendances : « machine learning + self diagnosing »).

• Le Web sémantique

Le succès économique du Web ne dépendra pas tant du coût d’accès aux contenus mais plutôt du temps d’accès. Ce succès dépendra de la rapidité du traitement des informations dont le sens devra être contextualisé en fonction d’une niche. Ainsi pourra-t-on réduire la charge cognitive de l’usager en employant un vocabulaire prédéfini par celui-ci. Il y aura un passage de l’architecture de réseau à l’architecture de l’information (tendance : « rich Internet applications »).

• La sécurité

Les problèmes actuels, c’est-à-dire ceux d’hier, sont presque tous réglés. Ceux de demain seront différents parce que générés par l’émergence de nouveaux types de clientèles utilisant un Internet de deuxième génération. Nous devons prévoir une multiplication de nouveaux types de fraudeurs. Dans ce domaine, il y aura un passage de la sécurité de réseaux vers la sécurité des usages (tendance : « high security »).

Le pôle économique

• Le plurimédia

Le Wi-Max et le protocole IPv6 permettront le raccordement de millions de smart devices (exemple : les smart tags et RFID) et d’appareils mobiles de toutes sortes qui s’ajouteront à ceux déjà connectés sur Internet1. Il faudra développer des systèmes de transcodage de contenus pour les différents types d’appareils récepteurs actuels et à venir. Il faudra apprendre à médiatiser des contenus autant non structurés que structurés en plusieurs versions grâce à des procéduriers désormais dynamiques. Il y aura donc un passage du multimédia vers le plurimédia (tendance :« podcast »).

• La traduction

L’arrivée de 1,5 milliard d’internautes, dont la moitié n’auront pas l’anglais comme langue maternelle, fera émerger des espaces économiques continentaux (Union européenne, Aléna, Mercosur, etc.) où se côtoieront une langue d’usage majeur et plusieurs langues d’usage mineur. Dans un monde de plus en plus multiculturel et plurilingue, on devra développer des outils semi-automatisés servant surtout à une lecture de premier niveau (sur les trois). Donc un passage du 3e niveau de lecture (lecture en profondeur héritée de la typographie traditionnelle) vers le premier (lecture de balayage) (tendances : « VoIP + IPTV »). http://www.michelcartier.com/McArticleC.php3 ?id_article=285

• Les droits d’auteurs

L’augmentation et l’internationalisation des clientèles exigeront de plus en plus de contenus tant au niveau local (portails thématiques) qu’international (portails généralistes). L’or noir du XXIe siècle appartiendra à ceux qui posséderont les droits d’auteur de ces contenus. Ces droits se développeront sous différentes formes : il y aura un passage des droits généraux utilisés pour les diffusions de masse vers des droits plus personnalisés selon des utilisations à multi niveaux, exemple du « Creative Commun » (tendance : « media multitasking »).

Le pôle sociétal

• La personnalisation

En permettant la géolocalisation, Internet2 favorisera la personnalisation c’est-à-dire le développement d’applications de plus en plus individualisées focalisant sur les besoins particuliers de l’usager selon le contexte. Cela veut dire le développement d’environnements plus « intelligents » (les quatre choisis par l’industrie sont la maison, le bureau, la salle de classe et l’automobile) qui deviendront des hub, c’est-à-dire des espaces où s’integreront les processus de traitement des contenus en fonction d’un profil de clientèle donné. Nous allons assister au passage du broadcasting vers le narrowcasting, puis vers le pointcasting

• Le cube des clientèles

L’émergence d’une myriade de clientèles, se regroupant autour des niches, exigera des promoteurs le développement d’un outil d’analyse de leurs comportements. Cet outil se présente sous la forme d’une grille tridimensionnelle : X = la quantité des gens concernés, Y = la génération à laquelle ils appartiennent, Z = le type de marchés visé. Il y aura le passage d’une clientèle de masse à des fossés générationnels qui vont morceler les marchés (tendance :« pop culture »). http://www.michelcartier.com/McArticleC.php3 ?id_article=220

• Le collaboratif

Le nouveau modèle économique reposera sur la valeur ajoutée. Or celle-ci exigera des applications collaboratives permettant autant aux individus et aux groupes d’intérêts qu’aux entreprises et aux ministères, de produire les nouveaux contenus demandés. Ces applications collaboratives se développeront autour d’une architecture de participation utilisant une intelligence distribuée qui produira des savoirs partagés. Il y aura un passage des stratégies « top down » vers les stratégies « bottom-up » (tendance : « wirearchy »).

Les nouvelles clientèles, plus technophobes, volatiles et peu portées vers une lecture de 3e niveau, ne seront fidélisées que si les promoteurs utilisent des techniques de visualisation des informations (schématique, concept mapping, code iconique, etc.). À l’avenir, l’interface sera de moins en moins le clavier et de plus en plus l’œil guidé par la souris. Le défi est de réduire l’écart entre la quantité d’informations diffusées et la capacité des gens à les utiliser. Nous allons passer de la typographie traditionnelle à de nouvelles méthodes d’affichage de hiérarchisation du sens (tendances : « volontary simplicity + real-time visualisation »).

Les 10 travaux d’Internix

(De 2006 à 2011)

Les années 2006 à 2011 ne sont pas des années de convergences mai plutôts de collisions entre plusieurs géants : Microsoft, Sony, Motorola, Google, Cisco etc. Les gagnants qui surferont le bond économique 2011-2016 sont les entreprises qui analyseront correctement les confrontations qui se préparent.

La rupture de société que nous vivons fait émerger une société postindustrielle. Celle-ci est créée par la rencontre de nouvelles clientèles, d’une nouvelle économie et d’un Internet de 2e génération. Parce que nous ne vivons plus en continuité avec le passé mais plutôt en rupture, les mutations seront difficiles à apprivoiser parce que nous n’avons plus de points de repère pour nous guider.

Source :arenotech.2006. Auteur :Michel Cartier.


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