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Culture libre : il faut que le sens commun se révolte

Par Lawrence Lessig

vendredi 4 mars 2005, par Collecte CND R.L

Plus de trente-cinq millions de personnes vivent avec le virus du sida de part le monde. Vingt-cinq millions d’entre elles sont en Afrique sub-saharienne. Dix-sept millions sont déjà mortes. Dix-sept millions d’Africains, celà représente, en proportion de la population, sept millions d’Américains. Mais ça fait surtout dix-sept millions d’Africains.

Il n’y a pas de remède contre le sida, mais il existe des médicaments qui ralentissent sa progression. Ces thérapies antirétrovirales sont encore expérimentales, mais elles ont eu un effet radical. Aux Etats-Unis, les malades du sida qui prennent régulièrement un cocktail de ces médicaments augmentent leur espérance de vie de dix à vingt ans. Pour certains, les médicaments rendent la maladie presque invisible.

Ces médicaments coûtent chers. Quand ils furent mis sur le marché aux Etats-Unis, ils coûtaient entre 10.000 et 15.000 dollars par personne et par an. Aujourd’hui, certains coûtent 25.000 dollars par an. A ces prix, bien sûr, aucun pays d’Afrique ne peut offrir ces médicaments à la grande majorité de sa population : 15.000 dollars, c’est trente fois le PNB par habitant du Zimbabwe. A ce prix, les médicaments sont complètement inaccessibles.

Ces prix ne sont pas élevés parce que les ingrédients des médicaments coûtent chers. Ils sont élevés parce que les médicaments sont protégés par des brevets. Les entreprises pharmaceutiques qui produisent ces mixtures salvatrices jouissent d’un monopole d’au moins vingt années sur leurs inventions.

Elles utilisent ce monopole afin de gagner le plus d’argent possible. Ce pouvoir leur sert à maintenir des prix elevés. Beaucoup de gens sont sceptiques au sujet des brevets, en particulier des brevets sur les médicaments. Je ne le suis pas. En effet, de tous les domaines de recherche qui pourraient beneficier des brevets, la recherche de médicaments est, à mon avis, celui qui en a le plus clairement besoin.

Les brevets donnent à une entreprise pharmaceutique la garantie que si elle invente un nouveau médicament qui soigne une maladie de façon efficace, elle sera capable de revenir sur son investissement, et même de gagner plus. C’est une incitation extrêmement utile. Je serais la dernière personne à réclamer que la loi les abolisse, du moins sans rien changer d’autre.

Mais c’est une chose que d’être en faveur des brevets, même des brevets sur les médicaments.

C’en est une autre que de savoir comment gérer au mieux une crise.

Et quand les dirigeants africains commencerent à comprendre quelle devastation le sida apportait, ils cherchèrent des moyens d’importer des traitements contre le VIH à un coût très inférieur aux prix du marché.

En 1997, l’Afrique du Sud tenta une parade. Elle autorisa l’importation de médicaments brevetés qui avaient été produits ou mis sur le marché d’un autre pays avec l’accord du détenteur de copyright. Par exemple, si un médicament était vendu en Inde, il pouvait être exporte d’Inde vers l’Afrique.

Ceci est appelé « importation parallèle », et est en général autorisé par les lois du commerce international, et est specifiquement autorisé à l’intérieur

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