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Territoires : L’intelligence économique bouscule les statistiques

samedi 25 février 2006, par anass


Les CCI sont de plus en plus sollicitées par les collectivités locales et les élus pour des analyses territoriales très pointues. Conscientes de l’enjeu, la plupart ont franchi le pas. Elles utilisent de nouvelles méthodes d’observation économique pour mieux répondre à la demande.

Si la mondialisation modifie le visage de l’économie française, elle entraîne aussi une autre conséquence : celle de faire évoluer la demande des acteurs publics en matière d’information économique et sociale. Les besoins portent désormais sur des analyses pointues qui doivent déboucher sur des propositions en matière de développement territorial.

Les CCI ont dû adapter leurs méthodes. « La mondialisation a entraîné des bouleversements dans l’économie. La tertiarisation de la société est de plus en plus croissante, les sociétés de services se sont multipliées et les activités industrielles se sont spécialisées. Le commerce s’est également modifié. Par ailleurs, la compétition est de plus en plus féroce face aux investisseurs. Résultat : les collectivités ont modifié leurs exigences en matière d’information, explique Bernard Gay, directeur général de la CRCI Nord-Pas-de-Calais et responsable du Groupe de travail national des chargés d’études de CRCI (GTN) *. Elles attendent de plus en plus de diagnostics sur leur territoire pour bâtir des stratégies et des prospectives. » Et plus précisément des indicateurs polysecteurs, autrement dit des données croisées entre différents secteurs (par exemple, le tourisme par rapport aux transports ou encore l’attractivité du territoire par rapport à la fiscalité). Face à cette nouvelle demande, les méthodes d’observation économique ont naturellement évolué. « On a été obligé d’établir des indicateurs plus fins. Auparavant, il existait par exemple, une nomenclature “commerce de détail”. Aujourd’hui, il faut rajouter à cette dernière les spécialités des commerces. Et également avoir des stratégies qui collent de plus en plus à l’évolution de l’économie », poursuit Bernard Gay.

Autre modification : les enquêtes. Les statistiques habituellement utilisées, notamment celles de l’Insee, n’étant pas suffisamment éclairantes pour effectuer des diagnostics, la CRCI réalise des « enquêtes à dimension », autrement dit des enquêtes de terrain. Ainsi l’année dernière, 3 500 entreprises de la région Nord-Pas-de-Calais ont répondu à une enquête de conjoncture « qui a donné un bon éclairage sur les difficultés des entreprises. Elle a permis de mettre en place des actions ou de suggérer aux pouvoirs publics de mettre en œuvre des mesures », relève Bernard Gay. Enfin, de nouvelles statistiques ont été créées pour mieux coller à la demande. C’est le cas notamment des statistiques sur le e-commerce, inexistantes dans les enquêtes traditionnelles.

* Les tableaux de bord de l’économie régionale réalisés par le GTN sont actualisés en permanence sur le site cci.fr.

Plus de données transversales

Si, dès le début de sa création il y a quatre ans, le département d’analyse économique de la CCI de Versailles Val-d’Oise/Yvelines s’est plongé dans l’identification des secteurs prioritaires de la région, le travail d’analyse des données statistiques a pris une autre dimension. « Nous avons constaté que la demande portait sur des données mises en corrélation entre elles. Ceci accompagné d’une expertise en termes d’analyse. Par ailleurs, on s’est orienté sur des analyses transversales qui permettent d’identifier les entreprises qui travaillent pour tel ou tel secteur », indique Denis Dhyvert, chef du service de l’Analyse économique des territoires pour les Yvelines et le Val-d’Oise. Lourde tâche, surtout quand il s’agit de secteurs très chargés en technologie. « Dès lors que l’on veut avoir une vision large du secteur, cela devient complexe. D’où l’intérêt d’avoir une méthode de recherche d’information qui va au-delà de la simple nomenclature », conclut Denis Dhyvert.

Même son de cloche du côté de la CRCI Provence-Alpes-Côte-d’Azur-Corse (Pacac). L’évolution de la demande a amené le réseau consulaire régional à rompre avec ses anciennes méthodes. « Les problématiques de développement économique ont débordé les limites départementales ou de circonscription des CCI. Ce constat a été flagrant lors de la constitution des pôles de compétitivité, dont huit sont situés en Pacac. C’est l’occasion pour nous de rompre avec les méthodes classiques utilisées jusqu’à présent », commente Joël Deflaux, directeur du développement régional à la CRCI. Aujourd’hui, la Chambre régionale s’assigne un objectif plus vaste : mutualiser les moyens des CCI afin de faire ensemble plus et mieux. « Il s’agit de projeter la région dans l’économie de la connaissance, stimuler la compétitivité et développer l’économie dans une logique concertée de l’amélioration du territoire. Nous avons cinq ans pour réaliser ces objectifs », précise Joël Deflaux. Et apparemment cela semble être bien parti. Des groupes de travail (élus et techniciens des CCI de la région) vont être créés pour mettre en œuvre, sur ce modèle, différents projets tels qu’une « cellule de veille prospective économique et sociétale régionale » ou bien encore établir le programme de production des « Cahiers de l’économie régionale ».

Des études de faisabilité et d’opportunités

Le service Etudes et aménagements de la CCI de l’Eure a également suivi ces évolutions. Les études générales ont été peu à peu mises de côté au profit d’études de faisabilité et d’opportunités. « A chaque fois que l’on restait à un niveau d’études générales, les collectivités n’avaient pas assez d’outils d’analyses, il fallait aller plus loin, note Christophe Vite, chargé d’études aménagement à la CCI. On s’est donc orienté vers des études de faisabilité en partenariat avec des cabinets d’expertises. Elles permettent de faire une estimation d’un projet de zone d’activités à partir de certaines contraintes (environnement, périmètre protégé, qualité du sol...). On fait aussi des études complémentaires sur le développement d’un site ou d’une implantation d’entreprises. Enfin, on détermine, par des analyses d’opportunité, quelles sont les autres pistes à engager pour développer le territoire. »

Les évolutions de la cartographie

Pour compléter leurs méthodes d’analyses, les CCI, depuis peu, n’hésitent pas à faire appel à la géomatique, qui permet de transformer en cartes les données statistiques recueillies. Cet outil est aujourd’hui considéré par certaines Chambres comme un pivot indispensable à l’analyse. « La cartographie va nous permettre d’observer le foncier des entreprises. Il va servir à alimenter les études de faisabilité et à mieux comprendre le besoin des entreprises », souligne Christophe Vite de la CCI de l’Eure, qui pilote depuis 2004 un Système d’information géographique (SIG) permettant de suivre l’occupation des zones d’activités du département. « Nous allons le monter en partenariat avec les collectivités locales et les institutions publiques. Le site est déjà opérationnel depuis 2005, mais uniquement pour les parcelles disponibles et les zones dans lesquelles il y a des terrains à vendre. »

Mais, comme tous les autres outils, la cartographie évolue au gré des exigences. « Depuis trois ans, nous avons donné une coloration d’analyse économique à la cartographie car la demande est très forte, confirme Patrick Faugouin, directeur général de l’Institut atlantique d’aménagements des territoires (IAAT). On fait ainsi des analyses à partir de la carte, on anime celle-ci par un suivi sur dix ans de tel ou tel phénomène. On émet aussi des alertes sur les problèmes liés à l’aménagement du territoire. » Le système semble très prometteur, surtout du fait que les utilisateurs peuvent désormais réaliser leur carte par eux-mêmes.

L’engouement pour la géomatique suscite un besoin de formation au sein du réseau consulaire. La CCI d’Auch et du Gers, pionnière dans ce domaine - elle anime le projet « Teleparc », qui vise la création d’un pôle technologique géomatique de dimension européenne - est bien décidée à transmettre son savoir-faire. « Il y a une très forte demande de la part des CCI. Elles sont à la recherche de compétences. Tout le monde comprend une carte. Cela permet de franchir les barrières linguistiques », explique Michel Debord, chef des projets européens à la CCI. Cette volonté se traduira, dès mars 2006, par un programme de formation à la géomatique pour les CCI. Dix modules pour apprendre à créer un système d’information géographique ou à réaliser des cartes utiles aux entreprises.

Nombre de CCI sont passées à la vitesse supérieure pour répondre à la nouvelle demande. Elles se dotent de compétences pour pouvoir réaliser des analyses statistiques ou qualitatives plus pointues, au niveau des bassins d’emploi. Elles sont aussi de plus en plus nombreuses à sortir du seul rôle d’observation en devenant force de proposition pour les acteurs publics du territoire, administration et collectivités. Partenaires d’un développement économique local concerté, plus que simples prestataires d’études, les CCI semblent avoir choisi leur camp !

Source :Assemblées des chambres Françaises de commerce et d’industrie. L’inter Consulaire.Décembre2005


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