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Savoir, c’est pouvoir

lundi 13 mars 2006, par anass


Une innovation technologique, l’émergence d’un concurrent, la désaffection des consommateurs... L’activité d’une entreprise peut à tout moment être remise en question par l’un ou l’autre de ces phénomènes. Il est pourtant presque toujours possible de les voir venir. Encore faut-il savoir en décrypter les signes annonciateurs. La maîtrise de l’information est l’un des socles de l’intelligence économique.

Quand il parle d’intelligence économique, Christian Annino, de la CCIP, aime à raconter cette histoire : "Il y a quelques années, une PME française de fabrication de lunettes découvre qu’un concurrent japonais a déposé un brevet pour une technique de traitement de surface du titane. A l’époque, personne n’utilisait ce métal pour fabriquer des lunettes. Mais cette entreprise n’a pas su décoder l’information. Résultat : elle n’a pas vu venir cette rupture technologique qui a révolutionné le marché mondial de la lunette".

Donner du sens à une information n’est pas toujours facile. Pourtant, l’information ne devient intelligente que lorsqu’elle entre en résonance avec un marché, un produit ou une entreprise. "Une bonne information est celle qui permet à l’entreprise de prendre la bonne décision au bon moment", poursuit-il. Cette notion de repérage des "signaux faibles" est également au cœur de la réflexion de Daniel Rouach, professeur à ESCP-EAP : "Une information cruciale pour l’entreprise peut passer inaperçue si personne ne la traite. Si l’intelligence économique devait ne reposer que sur un seul métier, ce serait celui d’analyste. Dans ce domaine, l’intuition joue un rôle fondamental. Ce n’est, du reste, pas un hasard si le marché de l’intelligence économique se féminise de plus en plus..."

Les grandes entreprises n’ont plus besoin d’être convaincues : elles ont déjà largement intégré l’intelligence économique dans leur organisation et leur stratégie. L’Etat, lui aussi, semble avoir pris la mesure de l’enjeu. Reste désormais à former sérieusement de jeunes cadres à cette fonction. Une commission d’experts réunie autour d’Alain Juillet, haut responsable à l’intelligence économique à Matignon, a d’ailleurs travaillé sur un "référentiel des formations en intelligence économique". Et du côté des PME ? Même quand elles sont conscientes de l’enjeu, la plupart ne peuvent pas se permettre d’embaucher un spécialiste de l’intelligence économique. Les chambres de commerce et de métiers, les fédérations professionnelles et les associations ont donc un rôle à jouer pour les guider et les aider à s’approprier la démarche. La CCIP s’est déjà largement engagée dans cette voie.

"L’intelligence économique n’est pas réservée à une élite. C’est avant tout une question de bon sens et de méthodologie", plaide François Allais, de la CCIP. Qui dit méthodologie, dit organisation : les dirigeants de PME ont parfois du mal à prendre le temps de lever le nez de leur guidon pour mettre en place une stratégie à moyen terme et s’évader de la dictature du court terme. Toute stratégie repose en premier lieu sur la définition d’objectifs :

"La notion de cycle de vie est ici fondamentale, explique Christian Annino. Quand une entreprise se trouve en phase de conception d’un produit, ses besoins en information seront spécifiques. Ils ne seront pas les mêmes quand elle lancera son produit sur le marché, ou quand ce produit arrivera à maturité et aura besoin de trouver un second souffle". Première étape, préalable à toute action : la définition de grands axes de recherche, "qui dépendent des priorités de l’entreprise", insiste Christian Annino. Reste ensuite à distribuer les rôles : chaque salarié, à chaque niveau de l’entreprise, est potentiellement "capteur" d’informations. Il faut donc mobiliser l’ensemble du personnel sur cette démarche.

Autre principe d’une stratégie efficace : repérer et partager les connaissances cruciales de son entreprise afin de les mémoriser et de les diffuser. Le knowledge management, ou management des connaissances, doit être au cœur de ce dispositif, car bien souvent, l’information recherchée existe déjà dans l’entreprise, sans être partagée. Un défaut bien français, qui associe information et pouvoir. Et partager le pouvoir... cela se travaille...

Compléments d’information

1/ Témoignage : André Added, PDG du GIF

Le Groupement d’Intérim Français (GIF) compte une centaine de salariés permanents.

L’intelligence économique, André Added est tombé dedans un peu par hasard, lorsque le Medef lui a demandé d’animer des ateliers consacrés à cette problématique. Une véritable "révélation" pour cet infatigable patron, qui avoue avoir trouvé un second souffle grâce à cette découverte.

"J’ai compris tout l’intérêt de ce concept en termes de management. Je me le suis approprié et je me suis formé avant d’engager une véritable démarche". Résultat : "C’est vraiment magique ! En 2004, le chiffre d’affaires du secteur de l’intérim a baissé de 1,5 % ; le nôtre a augmenté de 20 %..." Pas seulement grâce à l’intelligence économique, bien entendu. "Mais la démarche mise en place a permis de régénérer complètement l’état d’esprit de l’entreprise, en redonnant du sens au travail de chacun".

Explication : chaque salarié s’est vu attribuer un rôle dans la chaîne des connaissances internes. Il doit ensuite partager cette connaissance, échanger avec ses collègues. "Je leur parle d’éloge de la palabre", sourit André Added. J’ai ainsi demandé à tous les cadres de bloquer une matinée de "réflexion" par semaine. Une matinée lors de laquelle ils laissent tomber leurs activités habituelles et prennent le temps de réfléchir et de discuter.

Au début, ils se sont montrés sceptiques..." Mais il faut croire que l’idée a fait son chemin : quelques mois plus tard, l’ensemble du personnel (cadres et non cadres) s’est vu octroyer cette matinée de réflexion. Par ailleurs, André Added a recruté un cadre spécialiste de l’intelligence économique. L’une de ses principales missions est de répondre aux besoins d’informations des commerciaux. "Je n’ai rien imposé. J’ai laissé aux commerciaux le temps de s’approprier cette démarche. Le démarrage n’a pas été foudroyant, mais aujourd’hui, ils ont compris ce que cela leur apportait. Leurs demandes d’informations sont de plus en plus nombreuses".

2/ TOSCA, le "Knowledge management" à la CCIP

Le knowledge management, une notion managériale désormais consacrée, désigne la façon dont l’entreprise collecte, partage et exploite les informations dont elle dispose.

Cette démarche repose avant tout sur une méthodologie et des outils de diffusion de l’information. La preuve : les conseillers de la CCIP en charge de l’actualité réglementaire bénéficient depuis un an au sein de leur direction d’un intranet qui centralise toutes leurs sources d’information internes et externes.

Le portail TOSCA est alimenté par les travaux que chacun des services a souhaité partager (les ressources internes) et par de nombreuses sources d’informations électroniques extérieures (presse, études de marché, sources spécialisées...). Sur chacun des sujets qu’il est amené à traiter, chaque collaborateur dispose désormais d’une information complète, actualisée et surtout aisément accessible par un moteur de recherche, lui permettant ainsi de gagner un temps précieux.

Complément essentiel : TOSCA doit favoriser le partage de savoir-faire. Pour valoriser les expertises des collaborateurs, chaque recherche renvoie non seulement à des documents mais aussi aux spécialistes de la question, "avec leurs coordonnées et leurs photos ", explique Loïc Chouin, du service "Management des Connaissances, Veille et Informatique. "Une entreprise peut se payer le plus bel intranet du monde. Il ne lui sera d’aucune utilité si les salariés n’ont pas envie de l’utiliser, de l’alimenter et de partager leurs connaissances.

Avant d’investir dans une solution informatique, l’entreprise doit fonctionner dans une logique de partage de l’information et de mise en réseau des compétences". De ce point de vue, les outils de knowledge management et de e-learning (c’est-à-dire de formation à distance) présentent une certaine convergence. C’est l’une des conclusions de la réflexion engagée par le Forum Français pour la Formation Ouverte à Distance (FFFOD) à laquelle a participé le PREAU (la structure de veille et d’accompagnement en e-formation de la CCIP).

Source :Le Nouveau Courrier.Chambre De Commerce et D’Industrie de Paris.Parution : n° 125 • Avril 2005


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