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Quand Google défie l’Europe

par Jean-Noël Jeanneney, LE MONDE 22.01.05

lundi 31 janvier 2005, par Collecte CND R.L

Voici que s’affirme le risque d’une domination écrasante de l’Amérique dans la définition de l’idée que les prochaines générations se feront du monde.

Pour l’instant, la nouvelle n’a guère attiré l’attention que des bibliothécaires et des informaticiens. Et, pourtant, je gage qu’on ne va pas tarder à en mesurer la portée culturelle, donc politique : vaste.

Google est, comme on sait, le premier moteur de recherche propre à guider les internautes dans l’immensité de la Toile. L’un des premiers chronologiquement, puisqu’il remonte à 1998 (sept ans, longue durée dans ce champ). Le premier par son succès : 75 % de la recherche d’information passent aujourd’hui par son truchement. Le premier enfin par son poids capitalistique : entré à la Bourse de New York en juin 2004, il y trouve et y trouvera en abondance des ressources nouvelles.

Or voici que, le 14 décembre, cette société a annoncé à grand bruit qu’elle venait de passer accord avec cinq des bibliothèques les plus célèbres et les plus riches du monde anglo-saxon : la New York Public Library et quatre bibliothèques d’universités, Stanford, l’université du Michigan, Harvard (Etats-Unis) et Oxford (Grande-Bretagne).

Accord pour quoi faire ? Rien de moins que numériser en quelques années 15 millions d’ouvrages afin de les rendre accessibles en ligne. Librement pour tous ceux qui sont tombés dans le domaine public, en extraits alléchants pour les autres qui sont encore sous droits, en attendant que le temps passe.

Stanford et l’université du Michigan mettront à disposition de Google l’intégralité de leurs collections (8 millions pour la première, 7 pour la seconde) ; New York donnera accès à des documents fragiles qui ne sont pas sous copyright ; Oxford à une sélection du XIXe siècle ; Harvard se bornant à un test de 40 000 documents choisis parmi ses 15 millions de livres.

Il s’agira au total, chiffre vertigineux, de 4,5 milliards de pages. La première réaction, devant cette perspective gigantesque, pourrait être de pure et simple jubilation. Voici que prendrait forme, à court terme, le rêve messianique qui a été défini à la fin du siècle dernier : tous les savoirs du monde accessibles gratuitement sur la planète entière. Donc une égalité des chances enfin rétablie, grâce à la science, au profit des pays pauvres et des populations défavorisées.

Il faut pourtant y regarder de plus près. Et naissent aussitôt de lourdes préoccupations. Laissons de côté la sourde inquiétude de certains bibliothécaires préoccupés, sans trop oser le dire, à l’idée de voir se vider leurs salles de lecture ; certes, leur métier évoluera peu à peu pour servir la documentation des citoyens et pour éclairer leurs choix de multiples manières, mais l’objet-livre a trop d’avantages pratiques par rapport à l’écran pour ne pas subsister très longtemps.

Toute l’expérience de l’Histoire montre que dans le passé aucun des nouveaux modes de communication ne s’est substitué aux précédents - les complétant seulement et souvent les valorisant.

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